"Je veux l'euthanasie" : pour Kelly, 23 ans et en souffrance psychique, c'est l'alternative au suicide

Auteur / Source : Publié le : Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté Actualités Temps de lecture : 2 min.

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Cette jeune-femme belge, de Leuven, est en bonne santé physique mais n'arrive plus à supporter la souffrance psychique qui l'envahit. Diagnostiquée comme trouble de la personnalité limite ("borderline"), sa maladie agit comme "un couteau planté dans sa poitrine": "j'ai l'impression d'éclater en morceaux". Elle est décidée à en finir.

Au moment où se prépare le procès de trois médecins de Flandre pour le cas de Tine Nys, voilà que le Dailymail a identifié ce cas douloureux de Kelly et lui donne largement la parole. Elle confie avoir eu une enfance difficile : mauvaise relation avec sa mère, timidité paralysante, incompréhension, rapport fusionnel avec sa soeur jumelle qui, beaucoup plus extravertie, lui "volait ses amis". Kelly a grandi à l'ombre de sa soeur, sans qui elle se sentait seule et triste. A 18 ans, tout s'est accéléré : un grand-parent qu'elle chérissait est décédé, elle s'est sentie trahie par sa psychologue. Elle tente alors de se suicider. Hospitalisée, Kelly passe par des troubles alimentaires et commence à s'auto-mutiler. Jusqu'au jour où un psychologue de l'hôpital lui parle de la possibilité légale de se faire euthanasier.

Sans hésiter, elle commence les démarches en ce sens.

Sa demande est actuellement évaluée par le Prof. Dr Joris Vandenberghe (KULeuven), un psychiatre qui a participé à l'élaboration d'un cadre plus stricte que la loi pour l'évaluation des demande d'euthanasie de patients psychiatriques. Il a récemment publié un article dans lequel il qualifie la législation belge de "hautement controversée et soulevant des problèmes éthiques et cliniques complexes". Selon lui, la loi n'a pas réussi à garantir suffisamment de contrôle pour permettre une réticence à agir sur base d'un désir de mort du patient". Il demande plus d'investissement dans les soins de la santé mentale afin d'éviter certaines demandes d'euthanasie pour des affections psychiatriques.

Au moment de l'interview, la famille de Kelly n'est pas encore au courant de sa détermination à obtenir l'euthanasie. Elle décide d'en parler à son père qui s'effondre en larmes et ne veut pas la perdre. Kelly semble percevoir que sa soeur jumelle, elle aussi pourrait être anéantie par une telle décision. Toutefois, elle dit "Je ne souffrirai pas donc je ne vois pas le problème". La souffrance peut parfois aveugler tellement elle est lourde à supporter. Mais la question que se posent certains est de savoir si la famille ne vivra pas l'euthanasie de Kelly comme une revanche par rapport à une enfance malheureuse?

"Ils ne comprennent pas ma souffrance." Ces mots montrent à quel point il est difficile, une fois l'euthanasie autorisée pour certaines formes et certains degrés de souffrance, de dire à un patient que sa souffrance n'est pas assez forte pour qu'il obtienne de mourir. C'est là précisément une manifestation de la "pente glissante" d'une légalisation de l'euthanasie, inévitable puisque la souffrance est intrinsèquement subjective. Sans omettre la pression que vit le médecin lorsque son patient menace de se suicider s'il n'obtient pas l'euthanasie. C'est le cas de Kelly : "D'abord, j'essaierai de trouver un autre médecin, mais si ça ne marche pas j'abandonnerai. ça veut dire le suicide". Car en effet, tous les médecins n'interprètent pas de la même façon les critères "d'incurabilité", ou de "souffrance intolérable" établis par la loi. (Voir le cas de Tine Nys, euthanasiée pour autisme et dont les médecins sont actuellement poursuivis devant la Cour d'assises)

Kelly fait partie d'un groupe de soutien, qui organise des sessions menées par la psychologue Ann Callebert. Le but du Dr Callebert est "de montrer que la vie peut être supportable, de trouver des façons d'apprécier la vie". Elle admet que c'est difficile quand les patients finissent par être euthanasiés...

 

Pour approfondir la question de l'euthanasie en cas d'affections psychiatriques, l'IEB vous propose plusieurs documents :

Euthanasie pour troubles psychiatriques ou démence en Belgique : analyse des cas reportés Belgique : vers un débat sur l'euthanasie des malades psychiatriques ? Euthanasie pour souffrance psychique : synthèse de l'Avis 73 du CCBB Euthanasie en cas d'affections psychiatriques : les protocoles souvent plus restrictifs que la loi


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