Belgique : deuxième alerte de spécialistes sur l’euthanasie pour souffrances psychiques

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités

Publié le : 08/12/2015

Ce mardi 8 décembre 2015, 65 spécialistes ont publié dans  De Morgen et dans La Libre, une carte blanche dénonçant l'euthanasie pour souffrances psychiques, pointant "l'impossibilité d'en objectiver l'incurabilité". « Nous voyons, par exemple, comment certaines personnes qui ont été déclarées incurables et qui, sur cette base, ont obtenu le droit à une euthanasie, y renoncent parfois finalement quand de nouvelles – et fragiles – perspectives se font jour. Ceci prouve paradoxalement que la maladie ne pouvait être qualifiée d'incurable. »

Cette mise en garde n'est pas la première. Au mois de septembre déjà, une carte blanche publiée dans Le Soir par une quarantaine de professionnels avait défrayé la chronique. L'évènement déclencheur à l'époque, avait été le cas d'Emily, connue sous le nom de Laura, qui, à l'âge de 24 ans, avait obtenu le droit d'être euthanasiée. Cette dernière s'était finalement rétractée au dernier moment. Mais tout le processus était en place avec l'aval des médecins.

Le cas de Laura a beaucoup secoué les professionnels de la santé, particulièrement dans le domaine psychiatrique, qui y voient une interprétation excessive de la loi. Pour eux, « le caractère inapaisable de la souffrance mentale ne peut être constaté ». Or, comme le montrent les chiffres d'une étude réalisée par des experts belges et publiée dans le Journal du Médecin de juillet 2015, les cas d'euthanasie pour souffrances psychiques ont tendance à se multiplier. Cette étude, portant sur 100 demandes d'euthanasie pour souffrance mentale entre 2007 et 2011, révèle ainsi que 48% des demandes d'euthanasie pour raison psychique ont été acceptées par les médecins.

Et le cas récemment médiatisé du Docteur Van Hoey, filmé en train d'assister le suicide d'une de ses patientes, une dame âgée, déprimée à cause du décès récent de sa fille, n'a fait que renforcer l'inquiétude des professionnels. La Commission de contrôle de l'euthanasie a d'ailleurs décidé de renvoyer ce dossier devant le Parquet, ce qui constitue une première en Belgique et témoigne du malaise sur cette question.

Ce vendredi 4 décembre aux cliniques Saint Luc, s'est tenu un colloque « Euthanasie et psychiatrie » au cours duquel Ariane Bazan, Professeur de Psychologie à l'ULB et signataire des deux cartes blanches, a pu développer ses inquiétudes sur la pratique actuelle de l'euthanasie pour motif psychique. Cette dernière a ainsi expliqué qu'un psychiatre ne peut jamais déclarer un patient définitivement condamné, puisque la dépression est par définition un trouble ou une souffrance subjective qui peut brutalement prendre fin, dans un contexte particulier ou au contact d'un professionnel particulier. Il y a en définitive autant de possibilité de traitements que de soignants. Insistant sur la spécificité du traitement psychiatrique, Ariane Bazan a ainsi affirmé qu'« il n'y a pas de patients intraitables, il n'y a que des thérapeutes incapables. »

Au cours du même colloque, Francis Martens, Psychologue, Président du Conseil d'Ethique de l'APSY-UCL, a dénoncé la pratique de l'euthanasie envers les personnes dépressives, estimant qu'il s'agissait là d'une démission des politiques et de la société dans la résolution des problèmes sociétaux actuels. Il est en effet avéré que les deux principales causes de dépression sont la solitude et le chômage. Au lieu de résoudre directement ces problèmes, la société n'aurait pour seule réponse que le suicide et l'euthanasie ? C'est la question qu'a posée Francis Martens.

Tout en se disant « alarmés par la banalisation croissante de l'accès à l'euthanasie pour seul motif de souffrance psychique », les 65 signataires de cette deuxième carte blanche insistent « pour que soit retirée de la législation actuelle la possibilité d'une euthanasie au  seul motif de souffrance psychique. »

 

Source: RTBF, Le Journal du médecin, La Libre, Le Soir 


Articles similaires

Un autre détenu belge demande à être euthanasié

Un autre détenu belge demande à être euthanasié

- Euthanasie et suicide assisté

Frank Van den Bleeken qui est interné sans espoir de sortie depuis trente ans dans une prison belge où il ne reçoit aucun soin de défense sociale, demande à la justice belge de l'euthanasier. Frank Van den Bleeken reconnaît qu'il est un monstre et annonce que s'il sort, "il recommencera certainement et rapidement", faute en partie de n'avoir jamais reçu les soins adaptés aux internés.
Ces soins sont prodigués aux Pays-Bas mais alors que l'interné demande à être transféré dans une clinique néer...

Lire la suite

EUTHANASIE

- Euthanasie et suicide assisté

33 personnes euthanasiées en 1 an par Ulteam, une équipe de médecins et infirmières

33 gevallen van euthanasie, waarvan 5 bij buitenlanders.

Euthanasie Nederland : + 18%

Elargir le cadre légal de la loi dépénalisant l'euthanasie

L'ADMD propose l'euthanasie des "personnes souffrant d'un handicap mental profond."

Euthanasie in België : 10 jaar toepassing van de wet van 28 mei 2002

Nouveau rapport de la Commission d'évaluation euthanasie 2012

L'euthanasie doit toujours être interdite...

Lire la suite

Abrogation de la peine de mort et euthanasie de prisonniers : quelle cohérence ?

Abrogation de la peine de mort et euthanasie de prisonniers : quelle cohérence ?

- Euthanasie et suicide assisté

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a accepté l'invitation du président de la Commission internationale contre la peine de mort (ICDP), Federico Mayor Zaragoza, d'adhérer à ce groupe de pression qui milite en faveur de l'abrogation de la peine capitale.
La Belgique joue un effet depuis plusieurs années un rôle important dans la campagne internationale visant à abolir la peine de mort. Elle l'a abolie en 1996, inscrivant même l'abolition dans une modification de sa const...

Lire la suite