Royaume-Uni : provoquer la mort des personnes en état prolongé de coma pour prélever leurs organes ?

 Imprimer

Thématique : Statut du corps humain / Don d'organes et euthanasie

Actualités - Royaume-Uni Royaume-Uni

Publié le : 10/09/2016

Dans un article publié par le Journal of Medical Ethics, le Dr Zoe Fritz a demandé que les tribunaux puissent accorder aux médecins l'autorisation de provoquer la mort de patients en état végétatif chronique. Actuellement, la législation du Royaume-Uni interdit l'euthanasie et l'assistance au suicide est passible de peines pouvant aller jusqu'à 14 ans de prison.  

Cependant, certaines dispositions légales prévoient qu'un juge puisse autoriser le médecin à interrompre l'hydratation et l'alimentation d'un patient en état végétatif persistant et sans espoir de rétablissement. Cet arrêt de l'hydratation et de l'alimentation ayant pour effet quasi-immédiat d'entraîner la mort du patient.

Or, l'arrêt des soins de base que sont l'hydratation et l'alimentation provoque, explique le Dr Fritz, « un dessèchement des organes tel qu'ils ne peuvent plus être donnés ». C'est pourquoi, l'autorisation du tribunal devrait permettre au médecin d'utiliser des substances induisant la mort plutôt que d'attendre que celle-ci ne survienne, l'objectif étant de préserver les organes en vue d'une transplantation.
Le Dr Zoe Fritz plaide pour une interprétation élargie de la notion de « meilleur intérêt du patient », consacrée dans le droit britannique par le Mental Capacity Act de 2005. Celle-ci devrait inclure, selon elle, « l'intérêt que les personnes ont préalablement exprimé pour le bien-être d'autrui ». Sur cette base, l'auteur considère que la distinction entre acte et omission pourrait être contraire à l'intérêt du patient et qu'elle devrait par conséquent être révisée. En effet, d'après le Docteur Fritz, il pourrait être dans l'intérêt supposé du patient en état végétatif de mettre activement fin à ses jours au moyen d'une substance qui permette à la fois une réduction du risque de souffrances lié à la déshydratation et un don d'organes vitaux.
La question du don d'organes après euthanasie a déjà fait débat récemment aux Pays-Bas, lorsqu'une euthanasie a donné lieu à une transplantation destinée à plusieurs bénéficiaires à l'Erasmus Medisch Centrum (EMC) de Rotterdam (cf. notre Bulletin du 04/05/2016). Le Docteur Gert Van Dijk, membre et secrétaire de la Commission éthique du même établissement, avait déjà signalé en 2013 les questions éthiques que pose la pratique du don d'organes après une euthanasie dans un article du Nederlands Tijdschrift voor Geneeskunde. L'article mentionnait notamment le problème de la pression pouvant être exercée sur un donneur potentiel, un phénomène difficilement contrôlable sur le terrain.
Don d'organes après euthanasie dans nos Bulletins : ICI

Source : Journal of Medical Ethics


Articles similaires

Transplantation d’organes : donation vivante et après euthanasie ?

Transplantation d’organes : donation vivante et après euthanasie ?

- Don d'organes et euthanasie

L'Académie Royale de Médecine de Belgique et la Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België ont organisé un symposium sur le don et la transplantation d'organes en Belgique. Un panel national et international d'experts médicaux et de juristes a informé un auditoire d'une centaine de personnes sur l'état actuel de la transplantation en Belgique en la situant dans un contexte international.
Malgré l'existence d'excellents programmes de transplantation d'organes provenant de personnes décédé...

Lire la suite

Belgique : 684 organes auraient pu être disponibles après euthanasie en 2015

Belgique : 684 organes auraient pu être disponibles après euthanasie en 2015

- Don d'organes et euthanasie

Sur base des données relatives aux personnes euthanasiées en Belgique en 2015, dont l'utilisation anonymisée a été autorisée par la Commission fédérale de Contrôle et d'Évaluation de l'Euthanasie, le Dr Jan Bollen, du Centre Médical de l'Université de Maastricht, est arrivé à la conclusion qu'au moins 10% des personnes euthanasiées auraient pu donner au moins un organe.

Expliquant sa méthode de calcul dans une Lettre publiée dans le JAMA (Journal of American Medical Association, Avril 2017), ...

Lire la suite

Don d'organes

- Don d'organes et euthanasie

Transplantation d'organes : donation vivante et après euthanasie
Orgaantoerisme naar België
Orgaandonatie na euthanasie: is Belgïe een voorbeeld?De longen van iemand die euthanasie onderging, zijn meer geschikt voor transplantatie dan die van ee
Les poumons d'une personne euthanasiée sont de meilleure qualité pour une transplantation
Prélever des organes sur des personnes vivantes et incapables d'exprimer leur accord ? Avis du CCBB
Permis de conduire et don d'organesVers une meilleure traça...

Lire la suite