Visions divergentes au Congrès des soins palliatifs pédiatriques francophones entre intervenants

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Soins palliatifs

Actualités

Publié le : 18/10/2018

Début octobre, à Liège, a eu lieu le 8ème Congrès international francophone de soins palliatifs pédiatriques. Devant des soignants venus de plusieurs pays francophones (France, Canada, Cameroun, …) des médecins et professeurs belges ont abordé avec complaisance l'euthanasie des mineurs. Les intervenants étrangers ont davantage abordé les soins palliatifs pédiatriques en tant que tels.

Le Dr. Marc-Hélie Huon, psychologue au CHRU de Brest, a alerté sur le danger de la « protocolisation du mourir » dans les soins palliatifs. Selon lui, la volonté de tout garder sous contrôle et d'éviter toute souffrance peut aboutir à une sorte de mort psychique chez le patient. Le danger serait aussi de « gaver » le patient en voulant répondre à tous ses désirs, ce qui peut le renvoyer au stade du début de vie… Il a insisté sur le fait que le symptôme faisait souffrir et à la fois faisait tenir, le plus grand danger étant de ne plus rien sentir de sa consistance corporelle. Il a également pointé le risque des directives anticipées d'euthanasie en France de produire un forçage psychique, une fixation sur la manière dont la personne prévoit de mourir. Pour finir, il a appelé à distinguer la vie de l'existence, le sentiment d'inexistence se construisant quand la personne a l'impression de ne plus compter pour l'autre.

Tanguy Chatel, sociologue et bénévole en soins palliatifs en France, s'est attaché à décrire le rapport à l'enfant dans la société d'aujourd'hui, caractérisée par la « passion de l'enfant ». A ce titre, il a souligné combien paradoxale s'avérait la revendication du « droit à l'enfant » à l'heure de la revendication croissante de la contraception, voulue pour empêcher la venue de l'enfant. On aurait, selon lui, tendance à réduire l'enfant à un projet de vie qu'il permet à l'adulte de faire pour lui-même. Il a conclu en décrivant le glissement du soin « pour » le patient au soin « avec » et même « à partir » du patient. Soigner « avec », dans cette perspective d'accompagnement, « fait de la présence un acte ». Selon lui, « Le retour repose sur l'expérience de la présence au coeur de la souffrance ».

Le Dr Matthias Schell, pédiatre au Centre Léon Bérard à Lyon, s'est dit surpris et « décalé » par ce qu'il avait entendu au sujet de l'euthanasie des mineurs. Il a exprimé ses doutes par rapport à l'affirmation selon laquelle la gravité était la même pour l'euthanasie et la sédation profonde. Il a insisté sur la différence qui existe entre choisir de faire mourir et laisser la mort venir. Il a enfin exprimé une certaine frustration, en tant que médecin, de n'avoir pas plus entendu parler de l'aspect médical des soins palliatifs, comme les avancées dans le traitement des symptômes réfractaires, qui pourraient diminuer le recours à la sédation terminale et à l'euthanasie.

(voir Bulletin de l'IEB sur les trois cas d'euthanasies de mineurs en Belgique) - Dossier "Euthanasie des mineurs en Belgique"


Articles similaires

Belgique : interpellation des parlementaires sur les soins palliatifs et continus

Belgique : interpellation des parlementaires sur les soins palliatifs et continus

- Soins palliatifs

Dans le cadre des « Jeudis de l'hémicycle », la Fédération des soins palliatifs et continus en région bruxelloise a tenu le 4 juin 2015, à exprimer au Parlement son inquiétude et sa préoccupation concernant l'état des soins palliatifs belges, spécialement à Bruxelles. Sa présidente Dominique Bouckenaere a en effet expliqué que le nombre de demandes d'admission en service de soins palliatifs augmente de manière considérable, ayant même doublé en l'espace de cinq ans dans les deux grands hôpitau...

Lire la suite

Soins palliatifs : effort européen concerté

Soins palliatifs : effort européen concerté

- Soins palliatifs

Un Conseil informel des ministres de la Santé européens a fait le point sur la question des soins palliatifs, y compris pédiatriques, et celle du traitement de la douleur. Selon eux, il convient de mettre « en place d'une démarche coordonnée au niveau européen sous forme d'un réseau européen facilitant l'échange de bonnes pratiques en la matière ».
 Ils ont également souligné "l'importance de la coopération avec les centres de recherche concernant l'établissement de programmes spécifiques dans...

Lire la suite

Le modèle belge des "soins palliatifs intégraux" dénature-t-il la pratique des soins palliatifs ?

Le modèle belge des "soins palliatifs intégraux" dénature-t-il la pratique des soins palliatifs ?

- Soins palliatifs

Ce nouveau dossier de l'IEB  décrit le « modèle belge » des soins de fin de vie qui, depuis 2002, entend développer « les soins palliatifs pour tous », tout en autorisant la pratique de l'euthanasie sous certaines conditions.
Treize ans après l'introduction de ce dispositif légal, deux opinions s'affrontent : l'une consiste à affirmer que la dépénalisation de l'euthanasie a véritablement permis le développement des « soins palliatifs et continus », l'autre, à l'inverse, souligne que la banalis...

Lire la suite