Qu’est-ce qui conduit les prisonniers à demander l’euthanasie ?

Publié le : Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté Actualités Temps de lecture : 2 min.

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23 détenus ont demandé l'euthanasie entre 2011 et 2017. Si l'on ne connaît pas l'issue de leurs demandes, on sait néanmoins que deux d'entre eux se trouvaient en phase terminale d'un cancer, tandis que les 21 autres invoquaient des souffrances psychiques.

De quelles souffrances s'agit-il ? Caroline Devynck, criminologue à la Vrije Universiteit Brussel (VUB), s'est longuement entretenue avec eux. Elle rapporte qu'ils sont en général condamnés à un emprisonnement de longue durée, et qu'ils considèrent leur situation comme « sans issue ». Internés ou emprisonnés, la question est la même : « Que me reste-t-il encore à vivre ? ». Ils pointent l'absence de perspectives, de contacts sociaux, une vie réduite à une promenade quotidienne ou à regarder la télévision, et des circonstances de vie de plus en plus insupportables, comme le bruit permanent, la mésentente voire la violence entre prisonniers, l'absence de vie privée, …

Selon la chercheuse, il est frappant de voir comment les événements extérieurs à la prison peuvent les détourner de l'euthanasieÀ l'inverse, quand petit à petit les familles, amis ou connaissances ne maintiennent plus le contact avec le prisonnier, celui-ci se trouve alors progressivement isolé et ne voit plus de raison de vivre.

On se souvient de la demande d'euthanasie de Franck Van der Bleeken, demande qu'il avait finalement retirée en obtenant d'être transféré dans un centre psychiatrique offrant de meilleures conditions de vie et de soins (voir bulletin de l'IEB). Caroline Devynck a elle aussi rencontré un détenu qui, à la suite de leur entretien, a retrouvé un peu d'espoir venant du monde extérieur et a retiré sa demande d'euthanasie. Un autre a avoué avoir demandé l'euthanasie pour, en fait, obtenir un meilleur avocat. Derrière la demande des prisonniers d'en finir, se cache ainsi souvent un appel à l'aide ou à la considération.

S'il s'agit bien d'une souffrance existentielle, aussi considérée comme « souffrance psychique », ces prisonniers entrent plus difficilement dans les conditions pour obtenir l'euthanasie. A la question de savoir s'il y a une lacune dans la loi, C. Devynck répond : « La lacune se trouve dans toute la société parce que le soin et la thérapie pour ceux qui souffrent psychiquement ne sont pas accessibles pour tout le monde. »

Alors, ne pourrait-on pas pointer les mêmes dysfonctionnements pour les demandes d'euthanasie en dehors du contexte pénitentiaire ? La chercheuse établit elle-même un parallèle avec les situations d'extrême dépendance que vivent certaines personnes dans d'autres institutions comme les hôpitaux ou les maisons de repos.

Sans nier les conditions de vie extrêmement pénibles en prison, on retrouve néanmoins les mêmes sujets de souffrance invoqués pour l'euthanasie à l'échelle de l'ensemble de la population : « Parmi les souffrances psychiques sont évoquées la dépendance, la perte d'autonomie, la solitude, la désespérance, la perte de dignité, le désespoir à l'idée de perdre sa capacité à entretenir des contacts sociaux, etc. » (Synthèse du Rapport 2018 de la CFCCE sur l'euthanasie)

Les demandes d'euthanasie des prisonniers nous aideraient-elles à mieux comprendre les besoins des personnes en fin de vie ?

Source : Knack.be (2/1/2019)


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