Légaliser l’euthanasie… pour des raisons économiques

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Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Royaume-Uni Royaume-Uni

Publié le : 25/03/2020

Auteur / Source : Journal of Clinical Ethics - D. Shaw & A. Morton

Un article scientifique récemment publié dans la revue Clinical Ethics encourage la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie sur base d'arguments financiers.

Cet article, co-écrit par David Shaw (chercheur en bioéthique à l'Institute for Biomedical Ethics de Bâle) et Alec Morton (chercheur en management de la santé à Glasgow), est intitulé « Counting the cost of denying assisted dying » (« Calculer le coût d'un refus de légalisation du suicide assisté »). Les deux auteurs cherchent ici à démontrer qu'il serait judicieux de légaliser le suicide assisté au Royaume-Uni en raison du coût économique que représenterait le maintien d'un refus en la matière.

Trois arguments sont invoqués par les auteurs.

Le premier argument consiste à considérer qu' « offrir l'opportunité » de mourir aux patients qui souffrent peut être bénéfique, au regard du concept de « Quality-adjusted life years » (QALYs, années de vie de qualité). Ce concept quantifie les avantages et inconvénients médicaux et économiques de certains traitements, prenant simultanément en compte la qualité de vie et l'espérance de vie. En l'occurrence, selon les auteurs, les QALYs de certains patients sont diminués car ceux-ci ne disposent pas de la possibilité de recourir à l'euthanasie.

En second lieu, les auteurs mettent en exergue l'opportunité que représenterait l'euthanasie du point de vue des économies réalisées en matière de soins des patients en phase terminale. Les dépenses qu'impliquent ces soins d'accompagnement et de soulagement de la douleur pourraient selon eux être mieux allouées ailleurs : « les ressources consommées par les patients qui se voient refuser l'aide à mourir pourraient plutôt être utilisées pour fournir des années de vie de qualité supplémentaires à d'autres patients qui souhaitent continuer à vivre et ainsi améliorer leur qualité de vie ». Cela permettrait donc de « libérer ces ressources pour d'autres patients ».

Enfin, le dernier argument invoqué est le don d'organes. Le prélèvement d'organes réalisé directement après le suicide assisté serait meilleur d'un point de vue clinique et, partant, économique, puisque des patients supplémentaires pourront bénéficier d'une transplantation. En effet, si les patients ne peuvent donner leurs organes à la suite d'un suicide assisté, « la fonction des organes se détériorera progressivement jusqu'à ce qu'ils meurent naturellement, ce qui signifie que la transplantation a moins de chances de réussir ».

Le rapport conclut lui-même en indiquant que légaliser l'euthanasie présente en réalité des avantages plus larges pour la société que pour les patients qui choisissent de mourir par euthanasie, « du fait de l'utilisation réduite des ressources et d'un potentiel accru de don d'organes ».

A travers cet article, les auteurs assument entièrement leur approche conséquentialiste et utilitariste du suicide assisté. Le financement des soins de santé est ainsi envisagé comme une enveloppe fermée au sein de laquelle les soins réalisés sur un patient qui souhaite mourir sont nécessairement déboursés au détriment d'une autre personne. Outre sa dimension incomplète, sinon contestable, une telle approche présente le risque de conduire certains patients à se considérer comme un fardeau économique, et à croire qu'ils sont plus utiles morts que vivants. Un tel danger est particulièrement perceptible en matière d'euthanasie pour souffrance psychique.

Le Dr MacDonald du groupe ‘Care Not Killing' a quant à lui estimé que « ce rapport souligne les dangers de légaliser l'euthanasie et dévoile les véritables intentions » de certaines personnes favorables à l'euthanasie : « Très rapidement, l'argument passe de l'autonomie personnelle au fait que les médecins et infirmières sont amenés à porter des jugements de valeur sur la qualité de vie des autres, tout en étant soumis à des pressions pour économiser de l'argent et lutter contre ce qu'on appelle le ‘blocage des lits' dans les services de santé ».

Plutôt que de réduire ces patients à leur seule valeur économique, pourquoi ne pas promouvoir les soins palliatifs et le soutien que ceux-ci permettent d'apporter à ces personnes, comme l'a proposé un groupe de députés au Parlement de Westminster en janvier dernier ?


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