France : prélèvement automatique d'organes sur une personne décédée ?

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - France

Publié le : 15/04/2015

« Qui n'a dit mot, est supposé avoir consenti » : tel est actuellement le principe (consentement présumé) qui régit le prélèvement d'organes sur une personne décédée en France. Le prélèvement d'organes est dès lors possible si la personne n'a pas explicitement manifesté son refus de son vivant. La pratique montre cependant que les proches sont toujours consultés, et qu'un prélèvement n'est jamais réalisé sans leur accord. 
Dans le cadre de la loi santé portée par la ministre Marisol Touraine, et approuvée en première lecture à l'Assemblée nationale le 14 avril, un amendement avait été adopté en commission des affaires sociales le 19 mars, prévoyant que le registre national devenait le moyen exclusif pour exprimer un refus de prélèvement. Les proches de la personne décédée étant de facto exclus de la procédure. 
Le but d'une telle mesure, appelée consentement présumé et non opposable, était de faciliter et d'augmenter le nombre de prélèvements en vue de transplantations d'organes. « L'intérêt de cet amendement est de pousser les gens à s'exprimer de leur vivant », expliquait le Dr. Julien Charpentier, médecin réanimateur et coordinateur des prélèvements d'organes à l'hôpital Cochin à Paris. « On part du principe que si la personne ne s'est pas opposée clairement alors elle est favorable au don. (…) Cette mesure pourrait permettre d'aider les familles et de remettre au centre de la discussion la position du défunt, qui est la plus importante ». 
Se faisant l'écho de la position de très nombreux soignants, Emmanuel Hirsch, directeur de l'Espace régional de réflexion éthique d'Ile-de-France, se montrait de son côté beaucoup plus critique : « cet amendement heurte nos valeurs éthiques de soignants [...]. Il est inconcevable de passer outre le témoignage d'une famille en deuil. Une telle attitude sera vécue par les familles comme une négation de la personnalité et de la mémoire du défunt. » 
Face à ces réactions, la ministre Touraine a finalement décidé de revoir la disposition, revenant sur le caractère exclusif du refus préalable de la personne décédée. Le nouveau texte prévoit également que l'équipe médicale devra informer les proches du défunt préalablement au prélèvement d'organes.
Rappelons qu'en Belgique, chaque citoyen est automatiquement considéré comme donneur, à moins de s'y opposer formellement. Dans les faits cependant, en Belgique, même si la famille n'a pas légalement le droit de s'opposer à un prélèvement d'organes, les proches sont  toujours consultés pour tenter de connaître l'opinion du donneur potentiel qui n'aurait pas enregistré sa volonté expresse ou son opposition au sein du Registre national. (voir bulletin de l'IEB).
Source : Santé - Journal des femmes
 


Articles similaires

Le Canada autorise l’euthanasie des personnes handicapées qui ne sont pas en fin de vie

Le Canada autorise l’euthanasie des personnes handicapées qui ne sont pas en fin de vie

- Euthanasie et suicide assisté

Moins de cinq ans après avoir dépénalisé l'euthanasie, le Canada vient d'en assouplir largement les conditions d'accès.

L'euthanasie, désignée par l'expression d'« aide médicale à mourir » (AMM, MAiD en anglais) dans la loi canadienne, est désormais ouverte à toute personne atteinte d'une affection grave et incurable et qui souhaite mourir.

La loi C-7, votée en février dernier par le Parlement fédéral et entrée en vigueur ce 17 mars, contient ainsi trois modifications substantielles des cond...

Lire la suite

Malaise chez les médecins par rapport à l’euthanasie pour souffrance psychique

Malaise chez les médecins par rapport à l’euthanasie pour souffrance psychique

- Euthanasie et suicide assisté

Une enquête réalisée par MediQuality, une communauté médicale digitale pour le Benelux, a sondé les médecins pour savoir ce qu'ils pensaient de l'euthanasie en cas de souffrances psychiques et de démence. Sans doute encore secoués par l'affaire Tine Nys, une nette majorité d'entre eux (78%) estime qu'il faut évaluer et/ou adapter la loi sur l'euthanasie en ce qui concerne la souffrance psychique insupportable.

Ce sont 737 médecins qui ont librement répondu aux « questions éthiques en milieu m...

Lire la suite

L’Académie de médecine (France) s’oppose à une nouvelle loi sur l’euthanasie.

L’Académie de médecine (France) s’oppose à une nouvelle loi sur l’euthanasie.

- Euthanasie et suicide assisté

L'Académie réitère son opposition à l'euthanasie active ou à l'aide médicale au suicide : «Il n'est pas dans la mission du médecin de provoquer délibérément la mort. Aucun médecin ne saurait consentir à donner la mort. Aucun médecin ne saurait se voir imposer par la loi de transgresser cet interdit fondateur.»
Elle admet toutefois qu'il «devient nécessaire de faire progresser dans notre société la notion et l'expression des directives anticipées», un élément de la loi Leonetti qui permet à un ...

Lire la suite