Dossier d’euthanasie mis à l’instruction pour assassinat : deux médecins du CHR de Namur sont visés

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Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Belgique Belgique

Publié le : 25/10/2019

Auteur / Source : RTBF (22/10/2019); DH (22/10/2019); Sudinfo (23/10/2019); Lematin.ch (18/10/2019)

Une enquête est en cours au Parquet de Namur, à l'encontre de deux médecins du Centre hospitalier régional (CHR) de Namur impliqués dans l'euthanasie d'un patient décédé le 17 juin dernier. Une perquisition a eu lieu à l'hôpital, le dossier du patient saisi et mis à l'instruction pour assassinat.
C'est suite au recours en urgence par la fille du patient devant les tribunal des référés de Liège, que la justice avait ordonné au Dr Laurent Carlier de postposer l'euthanasie pour avoir le temps de procéder à une expertise psychiatrique du patient. Il s'agissait ainsi de s'assurer que le patient était bien en mesure de donner son consentement à l'euthanasie, chose contestée par sa fille. Passant outre l'ordre du juge, le médecin a euthanasié son patient au jour prévu. Le parquet a immédiatement enclenché une instruction.

Le Dr Carlier a été écarté du service des soins palliatifs où il était en fonction, en attendant les conclusions de l'enquête pénale. Quant au Dr Jasmina Nguyen, deuxième médecin visé par l'instruction et travaillant également au CHR de Namur, elle serait, selon la DH, une parente du patient euthanasié. Vu le lien de parenté avec la victime, la justice pourrait estimer qu'il y a un conflit d'intérêts, le docteur Nguyen pouvant être partie intéressée à la succession du défunt”, ajoute le quotidien. Pour rappel, la loi relative à l'euthanasie dispose qu'un deuxième (et dans certains cas un troisième) médecin doit émettre un avis sur le respect des conditions de légales avant de procéder à l'euthanasie. Elle précise aussi que ce médecin consulté doit être indépendant par rapport au patient. Cela signifie, selon la Fédération des soins palliatifs en Flandre, qu'il ne peut y avoir de lien hiérarchique, familial ou financier entre eux.

Depuis l'année dernière, la justice belge est de plus en plus amenée à se pencher sur des cas d'euthanasie suspectes : 
l'euthanasie de Tine Nys, jeune femme de 36 ans atteinte d'autisme, fait l'objet d'un procès devant la Cour d'assises, suite à une plainte déposée par les soeurs de Tine.
un médecin du CHR de Huy est poursuivi pour avoir tué 4 patients par euthanasie déguisée;
Quant à l'euthanasie de Godelieve De Troyer pour dépression, elle fait actuellement l'objet d'un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme, à l'initiative de son fils (
cas Mortier).

De telles poursuites ne peuvent qu'inviter les médecins pratiquant l'euthanasie à davantage de prudence. Elles montrent également à quel point l'euthanasie d'une personne peut avoir des répercussions sur l'entourage du patient, laissé parfois dans l'incompréhension ou dans l'impuissance face à la mort provoquée de leur parent.

La Belgique n'est pas le seul pays où la justice se penche sur des cas d'euthanasie : un médecin suisse a été condamné pour le meurtre d'une patiente de 86 ans qui souffrait de graves pathologies pulmonaires et cardiaques. Retenant la circonstance atténuante du "mobile honorable", les juges ont cependant trouvé le moyen de garder la qualification de meurtre tout en permettant au médecin d'échapper à la prison ferme.


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