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Fatigue de vivre de nos aînés, une responsabilité sociétale

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[Français] 20 décembre 2017

Sommaire

  •   Fatigue de vivre de nos aînés, une responsabilité sociétale
  •   Suisse : les médecins dépassés par la fin de vie ?
  •   La démence devenue une priorité de santé publique mondiale
  • Fatigue de vivre de nos aînés, une responsabilité sociétale

    13/12/2017 - Fin de vie

    Selon Luc Van Gorp, dirigeant de la Mutualité Chrétienne, 8 personnes optent officiellement chaque jour en Belgique pour l’euthanasie. Ce phénomène touche principalement nos aînés : en 2014 et 2015, 62,8 % des euthanasies pratiquées l’ont été pour des personnes de plus de 70 ans.

    Ces euthanasies ont de plus en plus lieu, en maison de repos (de 5% du nombre total des euthanasies en 2002 à 12 % en 2015 - Rapport de la CFCEE, p.88), en raison d’une « fatigue de vivre » dit Van Gorp. Il relie ce constat à la culture ambiante du « vieillissement quoi qu’il arrive », et nous met en garde contre celle-ci, car il constate que les personnes âgées en arrivent parfois à ne plus trouver, autour d’elles et en elles, de sens à leur existence.

    Si le corps et la santé physique bénéficient de tant d’attention, on doit constater que l'on accorde moins d'importance au sens et à la richesse d'avoir des aînés parmi nous. Comment assurer la qualité de vie et le bien-être mental d’une personne, souvent devenue dépendante, si on ne lui montre pas ce qu’elle peut offrir quel que soit son âge et sa condition physique ?

    Van Gorp affirme que la surmédicalisation des soins, qui permet le soulagement de l’entourage au quotidien, a généré un fort isolement social de la population vieillissante. Or, il semble que pour nos aînés,  l’espérance de vie importe moins que la qualité de vie.

    Geert Messiaen, secrétaire général des Mutualités libérales, insiste sur le fait que tout investissement dans les soins de santé doit avoir pour but de faire vivre les personnes le plus longtemps possible en bonne santé. L’âge n’a pas sa place dans cette équation. Lui aussi nous avertit sur lincapacité actuelle de notre société à accueillir correctement le vieillissement de la population. Un nombre toujours plus restreint de personnes prend en charge les soins de personnes âgées toujours plus nombreuses. Or les moyens financiers ne suivent pas, de telle sorte que les institutions se voient contraintes de se concentrer exclusivement sur les aspects techniques des soins, au détriment du relationnel.

    Notre responsabilité sociétale est en jeu : voulons-nous que l’euthanasie soit la réponse aux personnes, lasses de vivre dans un isolement que la société a contribué à créer en concentrant les efforts du système de santé sur la rentabilité ? C’est déjà le cas, à l’heure actuelle, dit Van Gorp.

    Il prédit que l’on ira plus loin encore : aujourd’hui, les maisons de repos et de soins et les logements assistés se multiplient en Belgique. Dans quelques années, ils pourraient être vides. Les générations suivantes, ayant vu l’état de lassitude voire de désespérance de leurs aînés, refuseront tout état de dépendance lié au grand âge, et demanderont l’euthanasie « préventive », affirme-t-il.

    Afin d’éviter cette perspective, Van Gorp propose de sortir de la logique de surmédicalisation et de son risque d’acharnement thérapeutique, pour (ré-) apprendre à lâcher prise et encourager les familles et le voisinage à cultiver l'humain et les liens sociaux.

     

    Suisse : les médecins dépassés par la fin de vie ?

    13/12/2017 - Fin de vie

    En Suisse, la majorité des habitants meurent en milieu hospitalier, où les soins se focalisent sur les troubles physiques, alors que les besoins spécifiques à la fin de vie, psycho-sociaux et spirituels, sont délaissés. Les soins palliatifs, encore peu établis dans ce pays, ne font d’ailleurs pas partie de la formation des médecins.

    Terminer sa vie chez soi n’est pas toujours chose facile en Suisse. S’il existe des formes d’aide, elles sont peu connues et peu accessibles. Les coûts des soins prodigués à domicile ne sont pas couverts par l’assurance-maladie, et aucun aménagement professionnel ne soutient les aidants proches menant de front leur travail et les soins à prodiguer. Voilà pourquoi les personnes en fin de vie, même non souffrantes sont bien souvent transférées vers un hôpital ou établissement médico-social.

    Ce constat qui ressort du rapport du Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique (FNSNF) et du Programme National de Recherche (PNR 67) qui ont, pendant 5 ans, mené 33 études sur la prise en charge de la fin de vie en Suisse, pour en identifier les lacunes et réfléchir à leur amélioration.

    Aujourd’hui, pour la plupart des personnes qui meurent en institution, une décision médicale est intervenue: les médecins ont décidé de ne pas prolonger ou même de raccourcir la vie d’un patient. Or, dans 25 % des décès, les médecins n’ont pas consulté la personne préalablement à leur décision, alors qu’elle jouissait encore de sa capacité de discernement. Dans la moitié de ces cas seulement, les médecins ont alors consulté des proches ou connaissaient ses préférences quant à sa fin de vie.

    Ce taux grimpe à 66 % lorsque la personne en fin de vie souffre d’une déficience cognitive ou d’un handicap, même lorsqu’elle est capable ou partiellement capable de discernement.

    Ceci est en contradiction totale avec la réglementation juridique en vigueur et les principes d’éthique médicale. Mais en présence d’une définition controversée de la « capacité de discernement » et sans instruments valables pour l’évaluer, nombreux médecins avouent se sentir « dépassés dans cette tâche » d’évaluation.

    Ils avouent se sentir peu sûrs d’eux, de manière générale, face à des questions d’ordre juridique, spirituel ou éthique sur la fin de vie. Le manque de formation et de concertation interprofessionnelle n’y aide pas.

    Dans son rapport, la PNR 67 demande par conséquent aux associations professionnelles d’assurer une formation initiale et continue en soins palliatifs et de clarifier les principes médico-éthiques contraignants.

    Si des efforts sont fournis depuis les années ‘90 pour mettre en place des unités de soins palliatifs dans les hôpitaux, établir des directives anticipées, organiser des équipes mobiles de soins palliatifs…, il ressort des études que les acteurs impliqués dans la fin de vie d’une personne ne communiquent et ne coopèrent pas suffisamment, de telle sorte que les transferts de patients vers un établissement médical, depuis un autre établissement ou depuis chez eux, sont sources de discontinuité et d’erreurs dans le suivi et les soins prodigués.

    Un sondage réalisé auprès 580 médecins de famille révèle que ceux-ci sentent, tout comme les proches, que leur avis n’est pas suffisamment pris en compte par les spécialistes lorsque leur patient est transféré en milieu hospitalier. Ils regrettent le manque de services d’aide et de soins spécialisés, qui permettent, au-delà du curatif, d’assurer un suivi plus conforme aux besoins des personnes en fin de vie.

    Le rapport dénonce en outre un contrôle médico-légal insatisfaisant dans les pratiques de suicide assisté et de sédation profonde. Seulement la moitié des suicides assistés officiellement notifiés à l’Office fédéral de la statistique entre 1985 et 2013, ont fait l’objet d’un contrôle.

    D’autre part, en 2013, une personne sur six est décédée à l’hôpital suite à l’arrêt en apport de nourriture et d’hydratation pendant qu’elle était sédatée. En l’absence de norme déterminant le champ d’application de la sédation profonde, cet acte ne se différencie pas des euthanasies, interdites en Suisse. Une règlementation juridique se révèle souhaitable ici également.

    Source : Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique, PNR 67 -  ICI


    La démence devenue une priorité de santé publique mondiale

    13/12/2017 - Fin de vie

    Le monde compte aujourd’hui 50 millions de personnes atteintes de démence, dont 60 % vivent dans un pays à revenu faible ou intermédiaire Il en apparaît chaque année 10 millions de plus.

    La maladie d’Alzheimer en est la forme la plus courante (60-70 % des cas). L’OMS prédit 82 millions de cas de démence en 2030 et jusqu’à 152 millions d’ici 2050.

    Alors que la démence est une des causes principales de handicap et de dépendance parmi les personnes âgées, cette maladie est une réalité encore trop méconnue, suscitant pour beaucoup incompréhension, stigmatisation et isolement, donc un obstacle à sa prise en charge.

    Tirant la sonnette d’alarme, l’OMS a approuvé en mai 2017 un « Plan mondial d’action de santé publique contre la démence ». Celui-ci propose à tous les responsables politiques, leurs partenaires et les chercheurs un schéma d’action visant à mieux faire connaître la maladie et à mettre en place des initiatives afin d’améliorer la manière dont elle est perçue.

    Si, à l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement qui permette de la guérir ou même d’en modifier l’évolution, un diagnostic rapide permettraient d’améliorer grandement la prise en charge des personnes atteintes.

    L’OMS définit la démence comme un syndrome, chronique ou évolutif, dans lequel on observe une dégradation de la mémoire, du raisonnement, du comportement et de l’aptitude à réaliser les activités quotidiennes. Elle ne touche pas à la conscience de la personne.

    À noter que, bien que l’âge soit le facteur de risque le plus connu, la démence ne représente pas une composante normale et inéluctable de la vieillesse. 9% des cas touchent par ailleurs des personnes qui ont moins de 65 ans. D’autres facteurs, liés au mode de vie, tels que la sédentarité, l’obésité, une mauvaise alimentation, la tabagisme et l’alcool, le diabète sucré et l’hypertension, sont causes d’apparition de troubles cognitifs. Egalement le faible niveau d’instruction, l’absence d’activité cognitive, l’isolement et la dépression.

    Source : OMS,

    Le Quotidien

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