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Des médecins canadiens mettent en garde par rapport à l'euthanasie

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[Français] 25 octobre 2018

Sommaire

  •   Des médecins canadiens mettent en garde par rapport à l'euthanasie
  •   Louvain-la Neuve : campagne publicitaire pour promouvoir une fin de vie choisie
  •   Norvège : la Cour suprême tranche en faveur de l’objection de conscience des médecins
  •   Interruption Médicale de Grossesse : l’objection de conscience des médecins menacée
  • Des médecins canadiens mettent en garde par rapport à l'euthanasie

    23/10/2018 - Fin de vie

    Des médecins canadiens se disent "consternés " de l'influence qu'exerce l'euthanasie sur les patients, les médecins, et leur pratique médicale. "Définir l'euthanasie  comme un « soin de santé » auquel tous les citoyens ont droit (conditionnellement à des critères ambigus et arbitraires) fait que nous pourrions être forcés, pour des raisons d’intégrité et de conscience professionnelle, d’émigrer ou de se retirer complètement de notre pratique. Nous sommes tous profondément inquiets du futur de la médecine au Canada. Nous croyons que ce changement sera non seulement nuisible à la sécurité des patients, mais également à la perception essentielle par le public – et par les médecins eux-mêmes – que nous sommes réellement une profession dédiée seulement à la guérison et au mieux-être. Nous sommes donc très inquiets. "

    Le document présenté par ces médecins aborde clairement les effets négatifs délétères de la pratique de l'euthanasie sur le vivre ensemble, mais aussi sur la vocation des médecins à soigner, guérir et accompagner.
    Soulignant que de plus en plus, l'euthanasie est présentée comme un droit, et même un Droit de l'Homme, ou une obligation professionnelle soi-disant éthique, les médecins affirment "qu'en tant que médecins de tradition hippocratique, nous nous concentrons sur le bien de nos patients, en évitant l'acharnement thérapeutique et en répondant à leur souffrance avec compassion, compétence et à l’aide de soins palliatifs."

    Ils constatent aussi "que le nombre de médecins québécois qui commencent à travailler en soins palliatifs a diminué après la légalisation de l'euthanasie, pendant que l’Association des soins palliatifs du Québec craint maintenant que les patients choisissent l'euthanasie parce que des soins palliatifs adéquats ne sont pas disponibles."

    Ces praticiens tirent la sonnette d'alarme en affirmant que l'euthanasie transforme la culture médicale. "Nos observations et expériences personnelles au cours des deux dernières années confirment notre conviction que la pratique de la médecine hippocratique est fondamentalement incompatible avec l'euthanasie et le suicide assisté. (...) Nous croyons que les médecins et les associations médicales devraient défendre vigoureusement l’excellent modèle reçu de notre Histoire. Et l’euthanasie, ce n’est pas de la médecine."

    Source :  World Medical Journal

     

     

    Louvain-la Neuve : campagne publicitaire pour promouvoir une fin de vie choisie

    24/10/2018 - Fin de vie

    Le Centre d’Action Laïque (CAL) du Brabant Wallon a lancé une campagne pour encourager aux déclarations anticipées sur les « souhaits de fin de vie », notamment le refus de soins et l’euthanasie. La campagne est menée en collaboration avec l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), une association qui promeut la pratique de l’euthanasie et qui est subsidiée par la Région Wallonne et le SPF Santé Publique.

    L’ADMD a d’ailleurs rédigé l’explication de la déclaration anticipée d’euthanasie, qu’elle définit explicitement comme une « bonne mort, autrement dit une mort dans de bonnes conditions ». Le CAL conseille aussi de remplir sa déclaration avec l’aide d’un délégué de l’ADMD ou d’un délégué de Laïcité Brabant Wallon et d’enregistrer sa demande d’euthanasie et de refus de soins auprès de l’ADMD, « pour plus de sécurité ».

    Une des déclarations proposées, intitulée « Refus de soin ou non acharnement thérapeutique » sème la confusion entre ces deux notions. En commençant par ces mots, « Si je ne devais plus être capable d’exprimer ma volonté, je ne souhaite plus de traitement visant à prolonger la vie, mais simplement un traitement de confort. », elle assimile le refus d’acharnement thérapeutique à l’arrêt des soins. Or, l’acharnement thérapeutique se définit comme la mise en œuvre de traitements disproportionnés, c’est-à-dire dont le bénéfice escompté est sans commune mesure avec les désagréments qu’ils entraînent. L’arrêt de soins alors que les traitements ne sont pas considérés comme disproportionnés, peut mener à une euthanasie par omission. En effet, l’omission euthanasique consiste en la privation de soins ou traitements ordinaires et proportionnés. (Voir Dossier de l’IEB : Accompagner la personne en fin de vie : repères éthiques pour la définition de ces pratiques.)

    On peut s’interroger sur l’objectif d’une telle campagne pour les déclarations anticipées d’euthanasie, alors que le champ d’application de ces déclarations est très étroit. En effet, celles-ci ne peuvent être exécutées que si, et seulement si les personnes qui les ont rédigées se trouvent dans une situation de coma irréversible (et en aucun cas de démence). Le dernier rapport de la Commission d’évaluation et de contrôle de l’euthanasie montrait que pour la période de 2016-2017, seulement 1,3% des personnes euthanasiées l’avaient été sur base d’une déclaration anticipée, un pourcentage légèrement en baisse. (Voir la Note de synthèse de l’IEB)

    Ne faudrait-il pas tout autant informer la population sur l’existence de soins palliatifs, leur capacité à soulager la douleur et à entourer le patient dans toute sa personne ? Inciter les citoyens à décider à l’avance de leur mort ne contient-il pas une sorte de « forçage psychique », comme le dit le Dr Marc-Hélie Huon, qui pourrait se retourner contre le patient une fois qu’il se trouve dans une situation telle que décrite par la déclaration ?

    Mieux comprendre : Fiche Didactique : Déclaration anticipée en fin de vie

    Obtenir la Carte de Fin de vie de l'IEB

    Norvège : la Cour suprême tranche en faveur de l’objection de conscience des médecins

    25/10/2018 - Clause de conscience

    La Cour suprême de Norvège a tranché en faveur de l’objection de conscience et de la liberté de conscience des médecins. Elle a jugé que le Dr Katarzyna Jachimowicz était dans son droit de refuser d’implanter des dispositifs intra-utérins (stérilets) chez ses patientes en vertu d’objections morales. Se basant sur un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme, elle a demandé au gouvernement norvégien de respecter le droit à l’objection de conscience des professionnels de la santé.

    C’est en décembre 2015 que le Dr Jachimowicz, médecin généraliste dans l’hôpital de la municipalité de Sauherad, a été démise de ses responsabilités après avoir refusé de poser un stérilet à une femme, dispositif qui, affirme-t-elle, peut se révéler abortif, puisqu’il empêche la nidation de l’embryon déjà conçu dans l’utérus. La municipalité était pourtant au courant de ses objections au moment de l’engager en 2011.

    Selon l’avocat du Dr Jachimowicz, Hakon Bleken, « l’arrêt protège un des droits le plus fondamentaux, le droit d’agir conformément à ses convictions profondes. Le Dr Jachimowicz prend sa vocation de soignant très au sérieux. Elle s’est vouée à protéger la vie, et a refusé de collaborer d’une façon ou d’une autre à l’éliminer. La Cour a affirmé aujourd’hui qu’elle avait entièrement le droit d’agir ainsi ».

    En 2014 déjà, un cas très médiatisé d’un médecin refusant de fournir des produits contraceptifs à des adolescentes, a fait grand bruit. C’est ainsi que depuis, la loi a été modifiée. Elle prive aujourd'hui les médecins de la liberté de faire objection de conscience lorsqu’il s’agit de prescrire une méthode contraceptive quelle qu’elle soit. Cette interdiction recouvre l’insertion de dispositifs intra-utérins (DIU), que le gouvernement norvégien ne considère pas comme ayant un effet abortif. (Voir Bulletin de l’IEB)

    Cet arrêt de la Cour suprême va donc obliger les autorités norvégiennes à prendre d’autres dispositions pour protéger la liberté de conscience des soignants.

    Source : Bioedge, Spuc.

    Interruption Médicale de Grossesse : l’objection de conscience des médecins menacée

    24/10/2018 - Fin de vie

    L’Association Médicale Mondiale vient d’adopter une nouvelle prise de position sur l’Interruption Médicale de Grossesse (IMG) ou avortement pour raisons "thérapeutiques".

    Ni le préambule, ni les recommandations ne font référence à l’enfant à naître. De même, le texte ne mentionne plus le devoir des médecins de « maintenir le plus grand respect pour la vie humaine dès la conception ». Seule importe désormais la santé de la femme : « Dans tous les cas, les médecins ont l’obligation d’effectuer les actes nécessaires pour préserver la vie de la femme enceinte et d’empêcher tout risque grave pour sa santé. ».

    Selon Gregor Puppinck, l'ambiguité autour du mot "santé" (physique et/ou mentale) est inquiétante, "car la définition floue que l'on donne aujourd'hui de la santépermet, en soi, d'élargir le champ de l'obligation de pratiquer un avortement.

    Une telle perception amène l’AMM à restreindre le droit à l’objection de conscience des médecins. Celui-ci est entaillé d’une obligation de renvoi vers un « collègue qualifié », poussant ainsi les médecins à coopérer indirectement à un acte que réprouve leur conscience.

    Les recommandations de l’AMM laissent entrevoir une réelle inquiétude, au niveau international désormais, face aux refus croissants des médecins de pratiquer des avortements. (Voir notamment le débat actuel autour de la clause de conscience en France et en Italie) La position de l’AMM, qui travaille en collaboration avec l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), pourrait avoir un impact important sur le droit international en matière d’avortement.

    Cette position de l’AMM fait aussi écho à la nouvelle loi belge relative à l’avortement. Celle-ci oblige dorénavant le médecin objecteur de conscience d’indiquer à la femme qui le consulte un collègue, un centre d’avortement ou un service hospitalier qu’elle peut solliciter pour sa demande d’avortement.

    Source : www.wma.net, Gènéthique

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