Utérus artificiel : état des lieux et réflexions éthiques : Dossier de l'IEB

 Imprimer

Thématique : Statut du corps humain / Transhumanisme

Actualités

Publié le : 10/10/2019

Auteur / Source : Camille Dénecé et Doriane de Lestrange

La grossesse peut-elle devenir optionnelle pour avoir des enfants ? Peut-on imaginer voir un jour des femmes choisir de vivre une grossesse par « loisir », et d'autres préférer faire se développer leurs enfants dans un incubateur?

Le 8 octobre 2019, l'Université d'Eindhoven aux Pays-Bas annonçait avoir reçu une subvention de 2,9 millions d'euros du programme européen Horizon 2020, pour mettre au point un prototype d'utérus artificiel destiné aux bébés prématurés. L'équipe de chercheurs espère avoir un prototype fonctionnel d'ici cinq ans.

Avant même Le Meilleur des mondes de Aldous Huxley et ses « Centres d'Incubation et de Conditionnement », le généticien John B.S. Haldane avait inventé le terme « ectogenèse » en 1923, dans un texte intitulé Dédale ou la science de l'avenir. Il désignait par-là la possibilité de faire croître un être humain depuis la fécondation des gamètes jusqu'au terme de la gestation : une grossesse complètement hors du corps de la femme. Cette idée qui relève presque de la science-fiction n'est peut-être plus si fantasmatique que cela.

Des couveuses de plus en plus perfectionnées permettent de sauver des bébés de plus en plus prématurés. Les avancées de la science permettent déjà de développer des animaux in vitro pendant plusieurs semaines. Bientôt, cela pourrait être le cas pour les humains également. Mais ce que la science permet, faut-il nécessairement l'appliquer?

Sans immédiatement envisager les perspectives alarmantes d'ectogenèse, non encore techniquement réalisables et largement contestées à ce stade, le recours aux utérus artificiels pourrait ne pas être si lointain qu'on le croit et voir le jour « bientôt ». Ces technologies dont l'objectif déclaré est de permettre de mener à terme des grossesses interrompues inopinément, vont nécessairement continuer de se développer, induire des situations nouvelles et éthiquement très complexes, et créer des risques de dérives.

Face à la concrétisation progressive de l'utérus artificiel, il convient d'anticiper cette réalité. Ce dossier a pour but de présenter les avancées de la science, le fonctionnement d'un pareil projet, ses multiples implications éthiques et ses potentielles dérives.


Articles similaires

Pologne : un grand prématuré survit grâce à un rein artificiel

Pologne : un grand prématuré survit grâce à un rein artificiel

- Recherche médicale

Né à 25 semaines de grossesse et pesant 820 grammes, un bébé polonais avait peu de chance de survivre, d'autant plus qu'un canal artériel était encore ouvert.
Au bout de quelques jours, ses reins ont commencé à faiblir et ont fini par totalement cesser de fonctionner. Face au danger de mort de l'enfant, l'équipe médicale a décidé de brancher l'enfant à un rein artificiel, traditionnellement utilisé pour les enfants de plus de trois kilos. Contre toute attente, ce dispositif a très bien fonctio...

Lire la suite

Création d'un muscle artificiel auto-régénérant

Création d'un muscle artificiel auto-régénérant

- Génétique

Une équipe en ingénierie biomédicale de la Duke University a réussi à créer un muscle bioartificiel, en mélangeant des cellules souches de souris à un hydrogel.
Après une stimulation électrique, le muscle s'est contracté avec 10 fois plus de puissance qu'aucun autre muscle artificiel, au point d'atteindre la même puissance qu'un muscle naturel. Il est  aussi capable de se régénérer en cas de lésion physique, mais également après avoir été infecté, les scientifiques l'ayant exposé à une toxine ...

Lire la suite

Nouveau Dossier : Fatigue de vivre et euthanasie : où en est la réflexion en Belgique ?

Nouveau Dossier : Fatigue de vivre et euthanasie : où en est la réflexion en Belgique ?

- Euthanasie et suicide assisté

Nouveau Dossier  !

La fatigue de vivre bouscule et interroge de plus en plus le corps médical et l'opinion publique quant à ses causes et ses conséquences.

En août 2017, désirant ouvrir un débat officiel sur la question, le député Jean-Jacques De Gucht (Open-VLD) a proposé d'élargir la loi dépénalisant l'euthanasie à toute personne qui exprime éprouver une « fatigue de vivre » (« levensmoeheid »), sans pour autant être atteinte par une affection ou maladie quelconque. Le député travaille de...

Lire la suite