France : Pour ou contre une levée de l’anonymat des dons de gamètes ?

 Imprimer

Thématique : Statut du corps humain / Don de gamètes

Actualités

Publié le : 15/02/2018

Parmi les 2 millions de français qui ignorent l'identité d'un de leurs parents, 70.000 sont des enfants conçus après don anonyme de gamètes.

Parmi ceux-ci,  un nombre grandissant conteste aujourd'hui le caractère absolu du principe d'anonymat des donneurs, au nom du « droit de chacun à connaître ses origines ». Ils estiment que la question devrait tenir une place plus importante dans les débats organisés dans le cadre des Etats généraux de bioéthique. 

Jean-Philippe Wolf, responsable du Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme humains (CECOS) de l'hôpital Cochin, ne voit pas cette revendication d'un si bon oeil. Il rappelle que l'anonymat n'a pas été considéré en vue de « nuire aux enfants ou à leurs parents », mais bien au contraire pour « garantir la sérénité dans leur vie familiale, ainsi que celle du donneur ».

En effet, « la découverte de l'identité d'un donneur risque d'engendrer des situations potentiellement explosives, tant pour les familles des donneurs que pour celles des personnes conçues par don », écrivent dans Le Monde les cliniciens Geneviève Delaisi et Stéphane Viville. Ensuite, le principe d'anonymat encourage, voire conditionne, le don de gamètes. Une levée de cet anonymat ferait, selon Jean-Philippe Wolf, inévitablement hésiter et reculer bon nombre de donneurs potentiels, ce qui nuirait aux intérêts des couples en demande d'enfant…

Mais toutes ces considérations ne détournent-elles pas le débat du véritable bien de l'enfant ? interrogent certains.

Même si « des intérêts divergents peuvent entrer en conflit avec celui de l'enfant, le droit de connaître ses origines apparaît comme un droit fondamental, qui participe de la dignité humaine ». Géraldine Mathieu ( Dossier IEB ) soutient qu'il ne devrait être « limité que de manière exceptionnelle, et uniquement s'il existe un risque de préjudice grave pour autrui ».

Une éventuelle levée progressive de l'anonymat se doit néanmoins d'être encadrée. C'est pour cette raison que Geneviève Delaisi et Stéphane Viville plaident pour la constitution, en France, d'un organisme « jumeau » du Conseil national pour l'accès aux origines personnelles (CNAOP) qui s'occupe des enfants nés sous X.

Source : Journal du Médecin


Articles similaires

Danemark : l’anonymat des donneurs de sperme est facultatif

Danemark : l’anonymat des donneurs de sperme est facultatif

- Don de gamètes

Le Danemark, pour répondre dans la mesure du possible au droit reconnu à chacun de connaître ses origines, propose aux donneurs de sperme  de plus de 25 ans de faire leur don de manière non-anonyme.

Si le donneur y consent, il accepte que l'enfant né de son don puisse, à ses 18 ans, accéder à son identité et entrer en contact avec lui s'il le souhaite. Le Danemark permet cette possibilité de contacts, parce qu'elle pourrait aider les enfants nés de dons de gamètes à sortir de l'inconnu s'ils ...

Lire la suite

Allemagne : fin de l’anonymat des donneurs de sperme

Allemagne : fin de l’anonymat des donneurs de sperme

- Don de gamètes

Faisant suite au cas de deux soeurs de 12 et 17 ans, conçues par don de sperme anonyme et à qui on avait refusé de transmettre l'identité du donneur avant qu'elles n'aient 16 ans, la Cour suprême de la République d'Allemagne vient de se prononcer : les enfants conçus suite à un don de sperme anonyme ont le droit de connaître l'identité de leur père biologique, et ce quel que soit leur âge. La Cour estime en effet que les enfants commencent à poser des questions sur leurs origines dès le jardin...

Lire la suite

France/Espagne : transfert de gamètes pour une insémination post mortem

- Don de gamètes

Le mercredi 31 mai 2016, le Conseil d'Etat français a rendu une décision ordonnant le transfert de gamètes du mari défunt d'une requérante afin que cette dernière puisse bénéficier d'une insémination artificielle post mortem.

L'histoire de cette femme espagnole, Mariana Gonzalez-Gomez-Turri, défraie la chronique depuis quelques temps. En 2013, son mari, atteint d'un cancer, a fait congeler son sperme, peu de temps avant un traitement risquant de le rendre stérile. Le couple vivait alors en Fr...

Lire la suite