Création d'embryons humains pour la recherche : la plupart des Néerlandais disent non

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Thématique : Recherche biomédicale / Recherche sur les embryons

Actualités - Pays-Bas

Publié le : 18/03/2020

Auteur / Source : IEB ; Gouman, J., S. Vogelezang & P. Verhoef (2020)

La population néerlandaise est de moins en moins favorable à la création d'embryons humains à des fins de recherche. C'est ce qui ressort d'une enquête menée par l'Institut Rathenau, situé à La Haye. L'Institut avait déjà sondé la population sur le sujet en 2007. Il présente aujourd'hui de nouvelles données qui devraient peser sur la décision politique de permettre ou non aux chercheurs de "créer" des embryons aux seules fins de la recherche scientifique.

Pour rappel, la loi néerlandaise de 2002 en matière de recherche sur les embryons humains limite la recherche autorisée aux embryons surnuméraires (càd. restants après fécondation in vitro). Ceux-ci peuvent faire l'objet de recherches jusqu'à 14 jours après leur conception, un délai parfois suspendu le temps de leur congélation. L'accord de gouvernement de 2017 prévoyait de maintenir l'interdiction de créer des embryons en dehors d'un projet d'implantation, "jusqu'à ce que les avancées scientifiques, et l'évolution de l'opinion dans les autres pays ou au sein de la population néerlandaise" amènent à lever l'interdit. Depuis lors, le Ministère de la santé stimule et encourage un débat sociétal sur 5 questions éthiques, liées entre elles : la création d'embryons humains à des fins de recherche, le tri sélectif des embryons sur base de défauts génétiques non pathologiques, la modification génétique héréditaire lors de la conception, le développement d'organes humains dans des animaux, et la création d'embryons "synthétiques" (à partir de gamètes artificiels) pour la recherche. La création d'embryons à des fins de recherche tient donc une position centrale, véritable porte ouverte à des manipulations plus sensibles du point de vue éthique et sociétal.

L'étude en question révèle que seuls 23% des Néerlandais sont en faveur de la création d'embryons à des fins de recherche. 26% du groupe sondé sont "plutôt en faveur" d'un tel élargissement. Plus interpellant encore, il apparaît que seuls 39% des Néerlandais approuvent l'utilisation d'embryons surnuméraires pour la recherche, alors que cette pratique est bel et bien autorisée aux Pays-Bas. 26% sont "plutôt d'accord". L'Institut a également sondé l'avis de la population par rapport à l'élargissement des 14 jours butoirs à 28 jours pour le développement de l'embryon en laboratoire : 46% s'y opposent, contre 34% en faveur.

Sur base de cette prise de température de l'opinion publique, l'Institut Rathenau recommande aux responsables politiques de ne pas prendre de décision autorisant la création d'embryons pour la recherche avant d'y voir voir clair quant au caractère souhaitable de cette option pour la recherche sur les techniques de procréation médicalement assistée. Il est indispensable de se poser la question de l'utilité, et même de la nécessité de ces recherches au regard des alternatives disponibles. L'Institut préconise d'analyser d'abord les conséquences plus larges de cette pratique sur la société. On pense notamment au consentement des "parents" de ces embryons de laboratoire, donneurs de gamètes. Il faudra veiller, avance le rapport, à ce que la décision politique fasse droit à la diversité des perspectives au sein de la société, et pas seulement à celles des scientifiques et des experts.

En Belgique, la loi relative à la recherche sur les embryons humains interdit en principe la constitution d'embryons in vitro à des fins de recherche, mais pose bien vite une exception à ce principe, "si l'objectif de la recherche ne peut être atteint par la recherche sur les embryons surnuméraires". Depuis qu'une commission spéciale évalue la pratique de la recherche sur les embryons (2006) et jusqu'en 2017, 2.832 embryons ont été créés spécifiquement pour des projets de recherche, en grande majorité au sein de la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Notons enfin que la Belgique et la Suède sont les deux seuls pays européens à autoriser la création d'embryons in vitro à des fins de recherche ; ils font à ce titre figure d'exception.

Pour aller plus loin:

Dossier IEB "La recherche sur les embryons humains en Belgique".

Actu IEB : La recherche sur les embryons en Belgique : jusqu'aux modifications génétiques héréditaires et aux chimères?


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