Fatigue de vivre de nos aînés, une responsabilité sociétale

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Thématique : Fin de vie / Santé mentale

Actualités - Belgique Belgique

Publié le : 13/12/2017

Selon Luc Van Gorp, dirigeant de la Mutualité Chrétienne, 8 personnes optent officiellement chaque jour en Belgique pour l'euthanasie. Ce phénomène touche principalement nos aînés : en 2014 et 2015, 62,8 % des euthanasies pratiquées l'ont été pour des personnes de plus de 70 ans.

Ces euthanasies ont de plus en plus lieu, en maison de repos (de 5% du nombre total des euthanasies en 2002 à 12 % en 2015 - Rapport de la CFCEE, p.88), en raison d'une « fatigue de vivre » dit Van Gorp. Il relie ce constat à la culture ambiante du « vieillissement quoi qu'il arrive », et nous met en garde contre celle-ci, car il constate que les personnes âgées en arrivent parfois à ne plus trouver, autour d'elles et en elles, de sens à leur existence.

Si le corps et la santé physique bénéficient de tant d'attention, on doit constater que l'on accorde moins d'importance au sens et à la richesse d'avoir des aînés parmi nous. Comment assurer la qualité de vie et le bien-être mental d'une personne, souvent devenue dépendante, si on ne lui montre pas ce qu'elle peut offrir quel que soit son âge et sa condition physique ?

Van Gorp affirme que la surmédicalisation des soins, qui permet le soulagement de l'entourage au quotidien, a généré un fort isolement social de la population vieillissante. Or, il semble que pour nos aînés,  l'espérance de vie importe moins que la qualité de vie.

Geert Messiaen, secrétaire général des Mutualités libérales, insiste sur le fait que tout investissement dans les soins de santé doit avoir pour but de faire vivre les personnes le plus longtemps possible en bonne santé. L'âge n'a pas sa place dans cette équation. Lui aussi nous avertit sur l'incapacité actuelle de notre société à accueillir correctement le vieillissement de la population. Un nombre toujours plus restreint de personnes prend en charge les soins de personnes âgées toujours plus nombreuses. Or les moyens financiers ne suivent pas, de telle sorte que les institutions se voient contraintes de se concentrer exclusivement sur les aspects techniques des soins, au détriment du relationnel.

Notre responsabilité sociétale est en jeu : voulons-nous que l'euthanasie soit la réponse aux personnes, lasses de vivre dans un isolement que la société a contribué à créer en concentrant les efforts du système de santé sur la rentabilité ? C'est déjà le cas, à l'heure actuelle, dit Van Gorp.

Il prédit que l'on ira plus loin encore : aujourd'hui, les maisons de repos et de soins et les logements assistés se multiplient en Belgique. Dans quelques années, ils pourraient être vides. Les générations suivantes, ayant vu l'état de lassitude voire de désespérance de leurs aînés, refuseront tout état de dépendance lié au grand âge, et demanderont l'euthanasie « préventive », affirme-t-il.

Afin d'éviter cette perspective, Van Gorp propose de sortir de la logique de surmédicalisation et de son risque d'acharnement thérapeutique, pour (ré-) apprendre à lâcher prise et encourager les familles et le voisinage à cultiver l'humain et les liens sociaux.

 


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