Porte ouverte à l’euthanasie par omission de soins au Royaume-Uni

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Royaume-Uni

Publié le : 09/01/2019

Depuis l'arrêt An NHS Trust et autres c. Y de la Cour Suprême au Royaume-Uni de juillet dernier, le médecin et la famille d'une personne en état végétatif peuvent convenir que l'arrêt de l'hydratation et de l'alimentation du patient sont dans son meilleur intérêt, et provoquer sa mort sans l'aval d'un juge. Le Conseil Général des Médecins (General Medical Council) vient de publier ses directives en la matière.

L'arrêt de soins concerne des patients encore éveillés mais dans un état permanent d'inconscience et ceux qui sont dans un état de conscience minimale. L'avis d'un deuxième médecin est généralement requis, sauf si le patient est à quelques jours ou heures de la mort. En cas de désaccord entre le médecin et les proches, le juge tranchera. Il se peut donc que le patient, non obstant l'opposition de sa famille, soit privé d'hydratation et d'alimentation.

Cette décision prend sa source dans un arrêt de 1993, où la Cour a qualifié l'alimentation et l'hydratation artificielle de traitements médicaux. Le médecin et les proches du patient pouvaient dès lors demander à un juge d'autoriser l'interruption de ces « traitements, cet arrêt de l'hydratation et de l'alimentation ayant pour effet quasi-immédiat d'entraîner la mort du patient. (Voir Bulletin de l'IEB)

Or, l'hydratation et l'alimentation sont des soins de base qui, au même titre que l'hygiène corporelle, répondent à un besoin énergétique fondamental de tout organisme, qu'il soit sain ou malade. Ils doivent en principe, être assurés, sauf contre-indication médicale fondée, lorsque la personne ne peut y pourvoir par elle-même et que les nutriments peuvent être assimilés correctement. C'est pourquoi, priver un patient de ces soins de base peut parfois être assimilé à un acte d'euthanasie. Les traitements quant à eux, sont des actes médicaux destinés à combattre la progression d'une maladie, voire à restaurer la santé. (Dossier : Repères éthiques pour accompagner une personne en fin de vie).

Le Dr Peter Saunders, directeur de la campagne Care Not Killing en Grande-Bretagne, qualifie cet arrêt de pente glissante, et les décisions qu'il entraînera, d'euthanasies déguisées : « Ce sont des personnes avec des lésions cérébrales, qui ne sont pas progressives. Certains d'entre eux peuvent montrer une amélioration. (…) Cette décision a supprimé une sécurité de protection judiciaire de patients vulnérables. » Il craint que dans des situations où tout le monde est sous pression, les médecins et les proches des patients ne souhaitent l'arrêt des soins pour des raisons financières, psychologiques ou idéologiques.

Sources : The Guardian, BBC 5 Live


Articles similaires

L’euthanasie en psychiatrie est une alternative valable au suicide

L’euthanasie en psychiatrie est une alternative valable au suicide

- Euthanasie et suicide assisté

« Si quelqu'un veut vraiment mourir, nous devons oser l'aider."

C'est en tout cas ce qui ressort de l'entretien (en néerlandais ci-dessous) paru dans le magazine Knack.
La psychiatre Lieve Thienpont, médecin du groupe LEIF (LevensEindInformatieForum) et le juriste Tony Van Loon font tous deux partie de l'équipe Ulteam (Uitklaring Levenseindevragen Team) à Wemmel, une équipe pluridisciplinaire qui accueille les personnes qui souhaitent se faire euthanasier et pour lesquelles le médecin de fami...

Lire la suite

Pays-Bas : accroissement de 10% des cas d’euthanasie en 2016

Pays-Bas : accroissement de 10% des cas d’euthanasie en 2016

- Euthanasie et suicide assisté

6091 euthanasies et suicides assistés ont été enregistrés en 2016 aux Pays-Bas. Cela signifie que 4% des personnes décédées (148.973) ont demandé à ce qu'un médecin provoque leur mort ou les y assiste (216 suicides assistés). Comment expliquer cette hausse importante ? Dans le Rapport annuel 2016 des comités régionaux d'examen de l'euthanasie (Regionale Toetsingcommissies Euthanasie, RTE) qui vient d'être publié, les membres desdites commissions ne font que poser des questions. Les médecins dé...

Lire la suite

Une étude révèle les « échecs d’inconscience » au moment de l’euthanasie

Une étude révèle les « échecs d’inconscience » au moment de l’euthanasie

- Euthanasie et suicide assisté

Une étude récente montre qu'on ne meurt pas toujours sans expérimenter la souffrance, dans une euthanasie ou un suicide-assisté : dans une part non négligeable de cas, la personne n'est pas réellement inconsciente au moment de l'injection du relaxant musculaire.

Les auteurs, professeurs dans différentes universités du monde, relèvent trois méthodes généralement suivies en Europe et aux Etats-Unis dans le cadre d'un suicide-assisté, d'une euthanasie ou d'une peine capitale.

Selon les chercheu...

Lire la suite