Pays-Bas : euthanasie pour « fatigue de vivre » ?

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités

Publié le : 16/02/2016

Nul besoin d'élargir la loi dépénalisant l'euthanasie aux Pays-Bas aux personnes considérant que leur vie est « accomplie » et qui souhaiteraient pour cette seule raison qu'un médecin y mette fin. C'est la conclusion du rapport Schnabel, remis au gouvernement néerlandais le 4 février 2016.
Alerté par plusieurs psychiatres quant aux potentielles dérives de la loi euthanasie, le gouvernement a chargé des experts d'étudier la possibilité d'une extension de la loi actuelle dépénalisant l'euthanasie aux personnes qui se disaient « fatiguées de vivre » (« voltooid leven » ou « klaar met leven »). En effet, certains praticiens réclamaient cet élargissement.

Dans ce contexte, les ministres de la santé et de la justice ont mis en place en juillet 2014 une « commission de sages » sous la direction du Docteur Paul Schnabel. Avant de se prononcer sur l'utilité d'adapter les termes de la loi, les experts y ont étudié ce que contenait l'expression « vie accomplie » et en quelles circonstances les personnes âgées mentionnaient cette expression. C'est aussi une étude des tenants et aboutissants juridiques et sociétaux de cette éventuelle réforme que la commission a approfondis.
Il ressort de ce rapport que « le cadre légal actuel suffit et répond parfaitement aux situations dues au grand âge et à la vieillesse ». De plus, soulignent les experts, la notion de « vie accomplie », relève d'une conclusion très personnelle et subjective de la part des personnes qui l'invoquent et elle oublie la dimension relationnelle de l'autonomie puisqu'un potentiel élargissement de la loi aurait forcément un impact sociétal.
La commission estime donc plus raisonnable de proposer des solutions pour éviter que des personnes ne jugent « leur vie accomplie » quand elle ne l'est objectivement pas. Plusieurs facteurs peuvent aboutir à ces jugements négatifs de la personne sur elle-même : corporels, psychiques, cognitifs, psychosociaux, existentiels. Le rapport souligne qu'il y a de multiples possibilités d'éviter la perception d'une « vie accomplie » et d'accompagner les personnes : préparation à l'acceptation de la vieillesse, support aux personnes âgées, amélioration de leur autonomie, combat contre l'isolement, réponse aux besoins spirituels, attention à donner du sens à la vie, réévaluation de la valeur de la vie dans le grand âge, etc.
Confirmant la position de l'association nationale des médecins (KNMG), ces conclusions ne convainquent ni les deux partis libéraux (VVD et GroenLinks) ni les organisations militantes de « la mort comme un choix », la NVVE ou l'initiative citoyenne « Uit vrije wil ».
Source : Rapport Schnabel


Articles similaires

Euthanasie et psychiatrie : le cas d’un interné belge

Euthanasie et psychiatrie : le cas d’un interné belge

- Euthanasie et suicide assisté

Frank Van Den Bleeken, interné en Belgique depuis près de 30 ans est en demande d'euthanasie depuis 3 ans. Il y a quelques jours, la perspective de cette "mort digne" lui a été accordée, suscitant l'émoi en Belgique et bien au-delà de nos frontières. Quand on sait que cet homme ne veut pas mourir, mais ne supporte simplement plus de vivre sans recevoir des soins adaptés à sa situation, cet émoi est amplement justifié.
Mais au-delà de ce cas, hautement symbolique, en ce qu'il évoque forcément u...

Lire la suite

Suggestion de deux bioéthiciens pour l’accès à l’euthanasie des dépressifs "incurables"

Suggestion de deux bioéthiciens pour l’accès à l’euthanasie des dépressifs "incurables"

- Euthanasie et suicide assisté

Alors qu'une proposition de loi vient d'être déposée en Belgique visant à favoriser l'accès à l'euthanasie pour les patients incapables d'exprimer leur volonté, inconscients ou atteints d'une affection cérébrale non congénitale, à un stade avancé tel qu'ils l'ont mentionné dans leur déclaration anticipée, les scientifiques canadiens et néerlandais Schuklenk et van de Vathorst prônent dans le Journal of Medical Ethics l'autorisation de l'euthanasie pour les patients dépressifs "incurables".
Sel...

Lire la suite

Clinique de la fin de vie ou clinique de l’euthanasie ?

Clinique de la fin de vie ou clinique de l’euthanasie ?

- Euthanasie et suicide assisté

Les déclarations à propos d'une clinique de l'euthanasie du Dr Distelmans ont provoqué, en janvier 2011, un tollé général. (Bulletin de l'IEB) On croyait le dossier enterré. Or voici que l'UZ Brussel (VUB) met sur pieds avec l'Academisch Medisch Centrum Wemmel une initiative pour  "encadrer" les patients terminaux ou incurables.
L'objectif de celle-ci serait d'instaurer une "consultation de seconde ligne"  (médecins et infirmières formés à la pratique de l'euthanasie) pour les patients souffra...

Lire la suite