Pays-Bas : érosion de la loi euthanasie et dangers pour les personnes atteintes de démence

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités

Publié le : 07/07/2017

Entièreté de l'opinion du Dr. Chabot : ICI
A la suite de la publication du troisième Rapport quinquennal d'évaluation de la loi Euthanasie aux Pays-Bas, dans lequel des experts se félicitent de la bonne application de la loi, le psychiatre Boudewijn Chabot dénonce quant à lui, le fait que cette loi ait été vidée de son sens et n'assure plus la protection des personnes souffrant de démence ou de troubles psychiatriques, qui sont de plus en plus nombreuses et pour lesquelles de plus en plus de médecins pratiquent l'euthanasie.

Tout d'abord, il s'inquiète du laxisme de certains médecins et de la Commission d'évaluation de la loi quant à l'appréciation des critères de conformité. La loi en prévoit trois pour pouvoir pratiquer une euthanasie : il doit y avoir une « demande volontaire et délibérée » du patient, exprimant une « souffrance insupportable sans perspective d'amélioration » et qu'il n'y ait « aucune alternative raisonnable à l'euthanasie ».

Or, ce dernier critère (absence d'alternative raisonnable) est mis à mal à partir du moment où le patient refuse l'alternative proposée par le thérapeute et qui pourrait soulager sa souffrance. De même pour le critère de "souffrance insupportable", pour lequel un simple refus d'alternative raisonnable annihile la perspective d'alléger la souffrance. La demande d'euthanasie ne dépend donc réellement que de son caractère « volontaire et délibéré » et donc de la seule autonomie et volonté personnelle du patient, qui peut rejeter tout accompagnement thérapeutique.

Ensuite, cette « culture euthanasique » se développe également par le biais de la Clinique de Fin de Vie (Levenseindekliniek), constate le Dr Chabot. Lorsque le médecin traitant refuse d'accéder à la demande d'euthanasie de son patient, il se peut que la Clinique de Fin de Vie le fasse.  « En 2016, environ 40 médecins travaillant à temps partiel à la Clinique de Fin de Vie ont pratiqué 498 euthanasies. En moyenne, cela revient à 12 euthanasies par médecin, soit une par mois. Au sein de la clinique, la pratique de l'euthanasie devient un acte vertueux dont se targuent les médecins, surtout dans les cas de démence sévère et de patients psychiatriques chroniques », dixit le psychiatre qui s'interroge : « Que se passe-t-il chez un médecin pour qui l'injection létale devient une routine mensuelle ? ».

N'ayant pas pour mission d'offrir un accompagnement thérapeutique aux patients mais bien de répondre le plus largement possible aux demandes d'euthanasies, les médecins de cette clinique ne s'inscrivent pas dans le cadre d'une relation thérapeutique avec leurs patients. Or, le traitement des maladies psychiques nécessite une relation dans la durée.

A un degré avancé de démence, et même si le patient a rédigé des directives anticipées, comment se situer puisqu'il n'est plus en mesure au moment même, de formuler sa demande de façon « volontaire et délibérée » ?   « Peut-on euthanasier un patient dément puisqu'il n'a pas conscience de ce qui est en train de lui arriver ? Comment peut-on tuer quelqu'un qui ne comprend pas qu'il va être tué ? »

Le Dr. Chabot développe d'autres critiques qui sont ICI


Articles similaires

Euthanasie mineurs : le Rapport, la dicussion et le vote de la nouvelle loi

Euthanasie mineurs : le Rapport, la dicussion et le vote de la nouvelle loi

- Euthanasie et suicide assisté

Le Rapport fait au nom de la Commission de la Justice à la Chambre des Représentants de Belgique est disponible ICI.  Il reprend la procédure, l'exposé des motifs, la discussion générale mais surtout les différentes interventions de chacun des hommes et femmes politiques étayant leur position par rapport à la nouvelle loi dépénalisant l'euthanasie des mineurs dans certaines conditions fixées par le législateur et qui se veulent très strictes.  

Lire la suite

"Soulager mais pas tuer" : l'Assemblée nationale française n'adopte pas la proposition de loi sur l'euthanasie

"Soulager mais pas tuer" : l'Assemblée nationale française n'adopte pas la proposition de loi sur l'euthanasie

- Euthanasie et suicide assisté

Le 8 avril dernier, les députés français ont débattu d'une proposition de loi visant à dépénaliser l'euthanasie. Déposée par un groupe parlementaire d'opposition (Libertés et Territoires), la proposition vise, selon ses auteurs, à « donner le droit à une fin de vie libre et choisie », en permettant à un médecin de donner la mort au patient qui le demande et qui répond aux conditions de la loi.

 

Si la proposition parle d' « aide active à mourir », il s'agit effectivement pour le médecin, aux...

Lire la suite

Derrière le procès Tine Nys, le procès de l’euthanasie pour souffrance psychique

Derrière le procès Tine Nys, le procès de l’euthanasie pour souffrance psychique

- Euthanasie et suicide assisté

Le procès d'assises qui s'est ouvert ce 17 janvier au Palais de justice de Gand met aux prises trois médecins avec l'accusation de non-respect de la loi belge sur l'euthanasie.

L'attention importante que suscite cette affaire s'explique non seulement par le caractère inédit d'un tel procès pour euthanasie en Belgique, mais aussi - sinon surtout - par le fait qu'est ici jugée la pratique d'une euthanasie basée sur l'existence d'une souffrance psychique.

Pour rappel, l'acte d'euthanasie n'est ...

Lire la suite