« Pacte de mort » et euthanasie de deux jumeaux de 45 ans

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Belgique

Publié le : 19/01/2013

Eddy et Marc Verbessem, de vrais jumeaux (monozygotes), étaient nés sourds. Inséparables et restés célibataires, ils ont toujours vécu sous le même toit. Ils ont été euthanasiés ensemble, à leur demande, le 14 décembre dernier à l'UZ Brussel (Clinique universitaire) de Jette. Ils avaient 45 ans.

Leur demande d'euthanasie trouve son origine dans le diagnostic d'un glaucome, une maladie dégénérative du nerf optique qui peut conduire à la cécité. D'après nos informations (difficiles à vérifier), ils souffraient d'une anomalie génétique en vertu de laquelle ils deviendraient progressivement mais, semble-t-il, irrémédiablement aveugles. Cette perspective, jointe à l'idée de perdre leur autonomie, leur était insupportable.

L'affaire a été présentée par certains médias comme une première. Il n'était pas encore arrivé que deux frères demandent et obtiennent ensemble l'euthanasie. Par contre, des couples avaient déjà été euthanasiés ensemble.

Est-on en dehors du cadre de la loi relative à l'euthanasie ?
Pas nécessairement. Il est probable que toutes les conditions de la loi étaient formellement réunies. On peut penser qu'ils ont formulé  une demande volontaire, répétée et sans pression extérieure. Ils ont fait état d'une maladie incurable et d'une souffrance psychique insupportable. Celle-ci résulte en réalité, ici, de l'anticipation de la souffrance future associée à la cécité et à la perte d'autonomie. Quant aux autres conditions, on peut supposer qu'elles ont été satisfaites : informations diverses à fournir, consultation d'un second médecin, etc.

Les jumeaux n'étaient pas en phase terminale…
Le grand public est surtout choqué ou interpellé, en particulier à l'étranger, par le fait que les deux jumeaux n'étaient pas en phase terminale. Il faut toutefois rappeler que la loi belge permet aussi l'euthanasie lorsque le décès n'est pas prévu à brève échéance. Dans ce cas, deux conditions s'ajoutent à celles déjà énoncées. Tout d'abord, il y a lieu de consulter un autre médecin indépendant, psychiatre ou spécialisé dans la pathologie concernée. En l'occurrence, un psychiatre de l'équipe du médecin qui a euthanasié les jumeaux aurait été préalablement consulté.  Ensuite, un mois de réflexion au moins doit s'écouler entre la demande écrite du patient et l'acte d'euthanasie.

Le ver est dans le fruit
Il reste que cette affaire suscite un malaise. Pourquoi ? Tout se passe comme si, insensiblement, l'euthanasie en venait à représenter la réponse humainement la plus digne dans des situations de souffrance. La loi belge est conçue et interprétée en termes si larges que l'euthanasie et l'assistance médicale au suicide apparaissent acceptables dès l'instant où l'intéressé en formule librement la demande.  Il faut une maladie incurable. Certes, mais la liste des maladies incurables est pratiquement infinie (diabète, rhumatisme, arthrose…). Il faut faire état d'une souffrance physique ou psychique insupportable. Certes, mais la notion de souffrance psychologique est laissée à l'appréciation subjective de l'intéressé. En outre, on l'a dit, l'euthanasie est permise même si le décès n'est pas prévu à brève échéance. Au total, le dispositif légal est pratiquement taillé sur mesure pour autoriser l'euthanasie sur simple demande volontaire et répétée de tout qui souffre de maux divers, de solitude ou de lassitude de vivre… A mesure que diminue le seuil de tolérance à l'égard de la maladie et de la souffrance, l'euthanasie risque bel et bien de se banaliser. 

Cette affaire interpelle car elle met la médecine et la société au défi d'imaginer les manières d'accompagner les personnes en souffrance sur les chemins de la vie, et pas seulement sur la voie de la mort.

Il est certain que nous assistons déjà, dans les faits, à une banalisation de l'acte euthanasique en Belgique. La preuve en est qu'à l'époque où la loi fut discutée et adoptée, une majorité de parlementaires estimaient que la société n'était pas prête à admettre l'euthanasie des mineurs et des déments. Aujourd'hui, par contre, des hommes et femmes politiques de plusieurs partis considèrent que l'heure est venue de franchir ce nouveau pas. A leurs yeux, la population est désormais prête à accepter ce qu'elle aurait réprouvé dix ans plus tôt. Difficile de nier que l'euthanasie et le suicide assisté se banalisent effectivement… Est-ce la manière dont la société entend rencontrer la détresse et la souffrance des personnes vieillissantes ou fragilisées par la maladie ou un handicap ?


Articles similaires

Evaluer la loi euthanasie - proposition CD&V à la Chambre

Evaluer la loi euthanasie - proposition CD&V à la Chambre

- Euthanasie et suicide assisté

Els Van Hoof et et Nathalie Muylle, députées CD&V à la Chambre, ont demandé au gouvernement le 7 décembre dernier, que soit procédé à l'évaluation de la loi euthanasie. Contrairement aux Pays-Bas, la loi euthanasie belge n'a, en 15 ans d'application, jamais fait l'objet d'aucune évaluation, pourtant indispensable à l'identification des problèmes d'interprétation et d'application qu'elle peut poser dans la pratique.

 

L'euthanasie a été élargie aux mineurs d'âge en 2014, sans que l'on ait app...

Lire la suite

Québec : l’euthanasie risque de faire imploser les soins palliatifs

Québec : l’euthanasie risque de faire imploser les soins palliatifs

- Euthanasie et suicide assisté

Suite aux pressions croissantes exercées pour « faire pénétrer l'aide à mourir » dans les milieux de soins depuis que l'aide médicale à mourir (euthanasie) a été dépénalisée au Québec le 5 juin 2014, des réactions se font entendre.

Lors du Congrès mondial sur les soins palliatifs à Montréal en octobre dernier, plusieurs intervenants ont fait part de leur inquiétude concernant l'avenir des soins palliatifs au Québec. Selon eux, l'arrivée de l'euthanasie expose le milieu des soins palliatifs au...

Lire la suite

Le nouvel argument pour l’euthanasie des personnes démentes

Le nouvel argument pour l’euthanasie des personnes démentes

- Euthanasie et suicide assisté

Faisant suite à une journée d'étude à Anvers en mars dernier, le consortium de médecins LEIF (LevensEinde InformatieForum) fait pression pour élargir l'accès à l'euthanasie aux patients qui sont à un stade avancé de démence.

L'argument est le suivant : puisque la loi exige que la personne soit encore capable de discernement au moment de son euthanasie (*), celle-ci n'est possible qu'au début du processus de démence. Selon LEIF, il en ressort que des patients sont euthanasiés « trop tôt », alo...

Lire la suite