Médiatisation et militance autour d’une demande d’euthanasie

Auteur / Source : Publié le : 05/10/2017 Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté Actualités Temps de lecture : 5 min.

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Atteinte d'une maladie invalidante, la maladie de Charcot, une Française de 59 ans, Anne Bert, a depuis un an organisé son euthanasie en Belgique. Très médiatisée, en promettant sa mort juste avant la sortie de son livre, il est apparu très vite que Madame Bert voulait en faire un combat politique, militant pour que son pays, la France, change sa loi sur la fin de vie, l'euthanasie y étant illégale. Parcourant plateaux de télévision et de radio afin de promouvoir son ouvrage, elle a donc demandé à une équipe de soignants belges de provoquer sa mort ce 2 octobre 2017.

Tout en étant conscient de la souffrance qu'engendre une telle maladie, on s'interroge quant à l'impact de ces nombreux interviews et articles de presse qui révèlent une réelle militance organisée et émotionelle : de plus en plus de personnes malades habitant un pays voisin, souhaitent venir en Belgique pour se faire euthanasier. Un médecin pratiquant l'euthanasie à Bruxelles a d'ailleurs déclaré qu'il euthanasiait une personne par mois venant de l'étranger, et ce depuis plusieurs années, et qu'il ne pouvait en faire plus car c'était "quand même éprouvant pour lui" et qu'en plus il prenait de l'âge. Et d'en appeler à un changement législatif en France.

La publicité autour de l'euthanasie d'Anne Bert a provoqué des réactions mitigées et notamment celles de soignants et des associations de patients atteints d'une maladie neuro-dégénératives,  et qui chaque jour se battent aux côtés des malades pour leur assurer une vie digne et accompagnée malgré la maladie.
D'après l'Arsla, l'association pour la recherche sur la Sclérose Latérale  Amyotrophique (SLA), cet acte médiatisé a eu l'effet d'associer maladie de Charcot à l'euthanasie, donnant ainsi à la maladie une image « négative et ultime ».

L'association témoigne que, même si les patients reconnaissent la souffrance liée à cette maladie, ils ne se reconnaissent pas dans ce choix d'euthanasie et en sont indignés.
En effet, la majorité de leurs patients ne pensent pas au suicide ou à la mort, mais sont plutôt « dans l'espoir et la vie, dans le combat, qu'ils profitent du présent et font tout pour compenser la perte d'autonomie ». Le professeur William Camu, neurologue au CHU de Montpellier, considère cette médiatisation « excessive » serait non respectueuse du travail des médecins et chercheurs « qui accomplissent un formidable accompagnement médical et humain pour diminuer les souffrances ».

Le "choix" de Madame Bert, serait-il uniquement une question de choix personnel ? Ne serait-ce pas un peu plus que son choix, puisqu'elle a décidé de le médiatiser. Instrumentalisant ainsi sa mort,  elle a appelé de ses voeux un changement dans la législation de son pays ?

Prise dans ce " tsunami " médiatique et la pression en résultant, on peut se poser la question suivante :  Anne Bert était-elle encore libre de faire encore marche arrière jusqu'au dernier moment avant l'injection, comme l'exige la loi belge dans son article 3, prévoyant que la personne demandant l'euthanasie ne subisse aucune pression extérieure.


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