Euthanasie et psychiatrie : le cas d’un interné belge

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités

Publié le : 18/09/2014

Frank Van Den Bleeken, interné en Belgique depuis près de 30 ans est en demande d'euthanasie depuis 3 ans. Il y a quelques jours, la perspective de cette "mort digne" lui a été accordée, suscitant l'émoi en Belgique et bien au-delà de nos frontières. Quand on sait que cet homme ne veut pas mourir, mais ne supporte simplement plus de vivre sans recevoir des soins adaptés à sa situation, cet émoi est amplement justifié.
Mais au-delà de ce cas, hautement symbolique, en ce qu'il évoque forcément une forme de peine de mort sollicitée, n'est-ce pas toute l'application de la loi relative à l'euthanasie qui devrait poser question ?
La Belgique s'est forgée une triste réputation en matière de prise en charge des détenus internés pour motifs psychiatriques, montrant une carence grave dans leur traitement. Avec, à la clé, plusieurs condamnations par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
Quand un interné se suicide dans l'aile psychiatrique d'une prison, où est l'émotion, où est la presse ? Faudrait-il désormais voir l'euthanasie comme une forme de prévention du suicide, comme l'évoquait dans les colonnes du Figaro la présidente de l'ADMD Belgique ? Le fait que 15 internés aient fait une demande d'euthanasie suite à l'accord intervenu il y a quelques jours ne devrait-il pas retentir comme un signal d'alarme ?
Et, abstraction faite du milieu carcéral, ce cas ne devrait-il pas également remettre en question la place de l'euthanasie en psychiatrie ? Trois médecins attestent aujourd'hui de la souffrance psychique inapaisable de Frank Van Den Bleeken, et jugent que cet homme, déclaré par ailleurs irresponsable de ses actes, dispose du discernement nécessaire pour demander la mort. Qu'en sera-t-il quand des chômeurs de longue durée, des personnes surendettées... feront état de souffrances psychiques inapaisables liées à leur situation ?
En réalité, il est à craindre que l'euthanasie soit désormais entrée dans une sorte de logique propre, d'emballement incontrôlable, faisant voler en éclats les "balises strictes" mises en place par le législateur. Il est à espérer que ce même législateur aura le courage d'une sérieuse remise en question.


Articles similaires

Malaise chez les médecins par rapport à l’euthanasie pour souffrance psychique

Malaise chez les médecins par rapport à l’euthanasie pour souffrance psychique

- Euthanasie et suicide assisté

Une enquête réalisée par MediQuality, une communauté médicale digitale pour le Benelux, a sondé les médecins pour savoir ce qu'ils pensaient de l'euthanasie en cas de souffrances psychiques et de démence. Sans doute encore secoués par l'affaire Tine Nys, une nette majorité d'entre eux (78%) estime qu'il faut évaluer et/ou adapter la loi sur l'euthanasie en ce qui concerne la souffrance psychique insupportable.

Ce sont 737 médecins qui ont librement répondu aux « questions éthiques en milieu m...

Lire la suite

Faut-il euthanasier les nouveau-nés gravement malades ?

Faut-il euthanasier les nouveau-nés gravement malades ?

- Euthanasie et suicide assisté

Mettre fin à la vie des nouveau-nés gravement malades : va-t-on boucler la boucle entre l'avortement et l'euthanasie ?

Les médecins néonatologues trouvent qu'il faut pouvoir ne pas commencer un traitement chez un nouveau-né gravement malade, même au risque de hâter sa mort. 90% des infirmiers en néonatologie pensent de même. 60% des néonatologues et 74% des infirmiers en néonatologie estiment même qu'il faut, dans certains cas, pouvoir mettre fin à la vie de ces nouveau-nés en leur administra...

Lire la suite

Un subside de 30.000  euros à l'ADMD pour une formation à l’euthanasie.

Un subside de 30.000 euros à l'ADMD pour une formation à l’euthanasie.

- Euthanasie et suicide assisté

La Région wallonne voulant encourager la communication sur l'euthanasie, donne de plus en plus la possibilité à l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) de se faire entendre dans les réseaux palliatifs. De plus, Laurette Onkelinx a pu annoncer, à la conférence de presse du 8 juin dernier, portant sur le Forum Fédéral « Life End Information Forum », l'attribution à l'ADMD d'un budget de 30.000 euros finançant un cycle de formation destiné aux médecins généralistes pour les q...

Lire la suite