Belgique : l’euthanasie comme soin palliatif ?

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités

Publié le : 21/11/2017

Les chercheurs du Zorg rond het Levenseinde (VUB-UGent) viennent de publier les résultats d'une étude* réalisée en Flandre en 2013 sur 6.871 décès, montrant que 70% personnes ayant été euthanasiées ont bénéficié de soins palliatifs avant que le médecin ne provoque leur mort. Ceci démontre, énoncent les auteurs, que l'euthanasie n'est pas incompatible avec les soins palliatifs.

Toutefois, les chiffres indiquent également que 30% des personnes ayant été euthanasiées n'ont pas bénéficié de cet accompagnement palliatif.

Ce pourcentage interpelle puisque la loi dépénalisant l'euthanasie stipule que l'euthanasie n'est légale que si ont été « évoqu[ées] avec [le patient] les possibilités thérapeutiques encore envisageables ainsi que les possibilités qu'offrent les soins palliatifs et leurs conséquences ». L'étude annonce que la circonstance de bénéficier ou non de soins palliatifs au moment de la demande n'a aucune incidence sur les chances de se voir accorder l'euthanasie.

Se pose ainsi clairement la question du « filtre palliatif » : une personne faisant la demande d'euthanasie ne devrait-elle pas automatiquement tenter d'être accompagnée par une équipe palliative qui, par sa compétence et son soutien, soulagerait sa douleur et sa souffrance, avant d'affirmer que sa souffrance est « insoutenable et inapaisable » ? Quid des cas où, au nom de l'autonomie du patient, la personne n'a pas souhaité que sa souffrance soit apaisée ?

La Fédération européenne des soins palliatifs (EAPC) rappelle par ailleurs régulièrement qu'inclure l'euthanasie dans une dynamique de soins palliatifs est en totale contradiction avec la philosophie même de ceux-ci, puisque l'OMS (Organisation Mondiale pour la Santé) définit les soins palliatifs comme ceux qui « soutiennent la vie et considèrent la mort comme un processus normal » et « n'entendent ni accélérer ni repousser la mort ».

La pratique de l'euthanasie ne serait-elle pas en train de miner le déploiement de l'accompagnement palliatif et l'endurance imaginative que l'on attend des soignants engagés dans celui-ci ?

* Involvement of palliative care in euthanasia practice in a context of legalized euthanasia: A population-based mortality follow-back study

 Voir également le Dossier de l'IEB « Le modèle belge des "soins palliatifs intégraux" dénature-t-il la pratique des soins palliatifs ? » du 4 septembre 2015.

Source : RTL, Bioedge


Articles similaires

Euthanasie des mineurs  : souffrance physique et mort à brève échéance

Euthanasie des mineurs : souffrance physique et mort à brève échéance

- Euthanasie et suicide assisté

L'euthanasie pour les mineurs pourrait être votée en Commissions réunies Justice et Affaires sociales mercredi prochain.  Les quatre auteurs (MR, PS, Open VLD et SP.A) des propositions visant à étendre aux mineurs le bénéfice de la loi de 2002 dépénalisant l'euthanasie ont déposé plusieurs amendements à leur texte originel qui renforcent les conditions et permettraient à des enfants de demander à être euthanasiés. Dans leur texte réécrit, l'enfant devrait invoquer des souffrances physiques ina...

Lire la suite

Belgique : euthanasie pour souffrance psychique : mobilisation

Belgique : euthanasie pour souffrance psychique : mobilisation

- Euthanasie et suicide assisté

Un collectif de 38 personnalités belges, dont la plupart sont psychiatres ou membres du corps médical, ont publié une carte blanche afin de manifester leur vive inquiétude face au nombre croissant de cas d'euthanasie de personnes souffrant de troubles psychiques (entre 50 et 60 cas pour les seules années 2013 et 2014). Cette carte blanche a été publiée par les journaux Le Soir et Het Laatste Nieuws. 

Partant du cas très médiatisé de Laura, 24 ans, autorisée à être euthanasiée pour dépression ...

Lire la suite

Belgique | Euthanasie : le docteur Cosyns ne sera pas poursuivi

- Euthanasie et suicide assisté

Selon la VRT, le docteur Gantois Marc Cosyns, fervent défenseur de l'euthanasie, ne sera pas poursuivi après avoir euthanasié, en janvier 2008, une femme de 88 ans souffrant de symptômes incurables, mais qui n'était pas en phase terminale. Son fils avait directement porté plainte, estimant que les conditions légales qui permettent à la personne en fin de vie de demander l'euthanasie n'avaient pas été respectées.
Cette dame souffrait de diverses affections qui, selon elle, lui rendaient la vie ...

Lire la suite