Au Canada, l'euthanasie toujours plus acceptée comme "option de fin de vie"

Auteur / Source : C. du Bus (IEB) Publié le : Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté Actualités Temps de lecture : 8 min.

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Depuis sa légalisation au Canada en 2016, l'euthanasie y connaît chaque année une forte augmentation et a concerné 7 595 personnes en 2020, soit 34% de plus que l'année précédente. Qualifiée « d'aide médicale à mourir » par la loi et l'administration canadiennes, cette « prestation » est assumée par un nombre croissant de médecins et d'infirmières (+18% depuis 2019), qui s'efforcent de répondre à la demande en hausse des citoyens. Selon le rapport du ministère de la santé, « une plus grande sensibilisation et une meilleure acceptation par les Canadiens de l'aide médicale à mourir comme option de fin de vie sont probablement des facteurs qui contribuent à cette croissance constante des demandes et des cas d'aide médicale à mourir." 

Ces 7 595 euthanasies représentent 2,5% des décès enregistrés dans le pays en 2020. Ce taux varie selon les provinces : en Colombie-Britannique, il grimpait à 4% des décès, et à 3% au Québec.

On observe par ailleurs une forte augmentation des euthanasies en maison de repos ou résidences privées (48% contre 36% en 2019), parallèlement à une diminution des euthanasies pratiquées à l'hôpital. L'enjeu est de taille pour les résidences qui ne souhaitent pas que l'euthanasie soit pratiquée en leur sein, et qui sont soumises à une pression toujours plus forte pour l'accepter à mesure que l'euthanasie s'établit comme véritable « option de fin de vie ». 

Maladie grave et incurable 

Pour que la demande d'euthanasie soit jugée admissible, le patient doit tout d'abord présenter une maladie ou un handicap grave et incurable. 69% des personnes euthanasiées souffraient d'un cancer. Viennent ensuite les maladies respiratoires chroniques, les troubles neurologiques (ex : Parkinson) mais aussi « un large éventail d'affections, dont le diabète, l'ostéoporose, l'arthrose et les fractures » ainsi que la « fragilité », note le rapport. 

Souffrance intolérable 

Le patient doit par ailleurs présenter une souffrance physique ou psychologique intolérable. Dans la majorité des cas déclarés, il s'agissait de la perte de la capacité à participer à des « activités significatives »(84,9 %), et à des « activités de la vie quotidienne » (81,7 %). La douleur n'est donc pas le critère de souffrance prédominant. Le contrôle inadéquat de la douleur ou l'inquiétude à cet égard est avancé par 57% des patients, la « perte de dignité » par 54%, et le contrôle insuffisant des symptômes autres que la douleur ou inquiétude à cet égard, 51%. La souffrance de se sentir une charge pour la famille, les aidants ou les amis, est avancée par 36% des personnes euthanasiées. 

A noter que 3,8 % des personnes euthanasiées avaient déclaré avoir besoin de services de soutien aux personnes handicapées, mais ne les ont pas reçus. 2% n'ont pas eu accès aux soins palliatifs. Cette donnée n'est pas à prendre à la légère, quand on sait que près de la moitié des patients qui ont retiré leur demande de l'euthanasie l'ont fait parce que les mesures palliatives les ont suffisamment soulagés. 

Décès raisonnablement prévisible 

Jusqu'en mars 2021, il fallait également que le décès du malade soit « raisonnablement prévisible » pour obtenir l'euthanasie. Le rapport de 2020 s'inscrit donc dans cet ancien cadre légal. 28% des demandes d'euthanasie ont été déclarées inadmissibles parce qu'elles ne remplissaient pas ce critère.  

Or, ces demandes seront désormais jugées admissibles, car la loi C-7, votée en février dernier par le Parlement fédéral canadien et entrée en vigueur le 17 mars 2021, supprime le critère de fin de vie. (Voir Bulletin de l'IEB) En pratique, cet élargissement signifie qu'une personne physiquement handicapée ou atteinte d'une maladie chronique non terminale est désormais éligible à l'euthanasie. On peut donc s'attendre à un recours d'autant plus croissant à l'euthanasie au Canada à partir de l'année 2021, à cause de cet élargissement. 

De plus, l'ancienne loi imposait une période de réflexion de dix jours entre la demande d'euthanasie et l'exécution de celle-ci, sauf si la mort ou la perte de capacité décisionnelle était imminente (34% des cas en 2020). La nouvelle loi élargit désormais considérablement le régime d'exception : dans le cas où la mort naturelle est raisonnablement prévisible, l'attente des 10 jours n'est plus nécessaire. Seules les ‘nouvelles' personnes éligibles à l'euthanasie selon la nouvelle loi, dont la mort n'est pas raisonnablement prévisible, seront soumises au délai de réflexion de 10 jours. 

Rôle des praticiens 

Le rapport aborde le rôle des professionnels de la santé de façon purement numérique et procédurale, sans aucune considération d'ordre éthique ni psychologique. 1345 praticiens ont pratiqué des euthanasies en 2020 : 95% étaient médecins, et 5% infirmières - autorisées à pratiquer l'euthanasie dans certaines provinces.  

La majorité des praticiens étaient spécialisés en médecine familiale (68%), contre seulement 9% en médecine palliative. 

 

Photo : Total des décès par euthanasie au Canada, 2016 - 2020 (Rapport 2020)


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