Embryons chimères singe-homme : jusqu’où peut-on aller ?

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Thématique : Début de vie / Modifications génétiques

Actualités - France

Publié le : 28/04/2021

Auteur / Source : IEB ; Le Monde (15/4/2021) ; cruxnow.com (17/4/21)IEB ; Le Monde (15/4/21) ; cruxnow.com (17/4/21)

Introduire des cellules humaines dans des embryons de singes macaques, c'est ce qu'ont fait deux équipes de chercheurs afin de mieux comprendre l'interaction entre les cellules humaines et les cellules animales. 

 

L'équipe française, dont l'étude a été publiée le 12 janvier dans la revue Stem Cell Reports, a cultivé in vitro des embryons de singes auxquels ont été intégrés des cellules humaines. Au bout de trois jours, le nombre de cellules humaines intégrées dans ces embryons avait considérablement réduit. Quant aux chercheurs chinois et américains, ils ont injecté 25 cellules humaines dans 132 embryons de macaques. Seuls 3 embryons vivaient encore au bout de 19 jours, mais avec une quantité assez faible de cellules humaines. Ces résultats ont été publiés le 15 avril dans la revue Cell

 

De part et d'autre, les chercheurs ont utilisé des cellules souches pluripotentes induites, c'est-à-dire des cellules humaines adultes reprogrammées en cellules indifférenciées, capables de s'auto-renouveler et de se différencier en cellules spécialisées. Loin de pouvoir en tirer des résultats révolutionnaires, ces études ont montré que la ‘capacité chimérique' des cellules iPS humaines dans une espèce primate non-humaine (comme les macaques), reste très faible. En effet, les embryons de macaques non chimériques se développaient mieux que ceux qui chez on avait injecté des cellules humaines. 

 

Alors que les résultats espérés sont encore loin d'être atteints, le monde scientifique attend beaucoup de la recherche sur les embryons chimères : mieux comprendre le développement embryonnaire, améliorer les techniques de procréation artificielle, et à terme, parvenir à produire des organes humains dans des animaux, pour répondre au besoin de transplantations.  

 

Ces nouvelles publications ne vont pas sans mises en garde sérieuses sur le plan éthique.  Selon le scientifique Pierre Savatier, il ne faudrait pas que les cellules souches humaines contribuent à former le cerveau de l'animal, ni ses gamètes, ni l'apparence humaine, sans quoi il pourrait y avoir une confusion entre les deux espèces. Un autre risque bien réel est celui de la transmission de maladies virales entre l'homme et l'animal et vice versa.  

 

Mais ce ne sont sans doute pas les seuls critères à prendre en compte : « La proximité entre les espèces (ndlr : humaines et macaques) ainsi que le stade précoce de développement créent une ambiguïté dérangeante », s'inquiète David Albert Jones, directeur du Anscombe Bioethics Centre (Oxford). En effet, quelle garantie a-t-on que les cellules souches humaines ne se spécialiseront pas en cellules cérébrales, en gamètes ou pour donner une apparence humaine au nouvel être ? Jones désapprouve le fait de créer des êtres dont le statut moral est incertain et dont on ne sait pas, par exemple, s'ils accèdent à la dignité humaine (dans quel cas, il serait immoral de les manipuler et de les détruire). 

 

Quant à introduire des cellules animales dans des embryons humains, un consensus scientifique semble encore s'y opposer jusqu'à présent. Certaines lois nationales l'interdisent explicitement. En Belgique, il est interdit « d'implanter des embryons humains chez les animaux ou de créer des chimères ou des êtres hybrides » (art. 5, 1° Loi relative à la recherche sur les embryons in vitro).  


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