Inde : les avortements sur base du sexe restent légion

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Thématique : Début de vie / Avortement

Actualités

Publié le : 26/08/2020

Auteur / Source : I. Bone ; PLOS One

6,8 millions : tel est le déficit probable de naissances de filles en Inde, pour la période 2017-2030. En cause : la pratique massive des avortements des foetus de sexe féminin.

 

Dès 1970, on observe en Inde un déséquilibre en ce qui concerne le ratio garçons-filles à la naissance, dû au phénomène des avortements sélectifs sur base du sexe. Selon une étude publiée le 19 août dernier dans la revue scientifique PLOS One, ce déficit se poursuivra dans la décennie à venir, pour atteindre 6,8 millions de naissances avortées de filles entre 2017 et 2030.

A travers leur étude, l'équipe de chercheurs internationaux a pu démontrer que cette tendance est très hétérogène selon les régions (les territoires du Nord-Ouest étant les plus affectés). Parmi les 16 États et territoires indiens étudiés, l'État de l'Uttar Pradesh, le plus peuplé d'Inde, contribuera le plus au déficit des naissances féminines : 2 millions des naissances de filles manqueront entre 2017 et 2030, selon les statistiques.

 

Préférence pour les garçons

Dans leur analyse, deux facteurs ont été mis en exergue par les chercheurs : la préférence pour les garçons et l'évolution du taux de fécondité sur la période étudiée.

Quant au premier facteur, parmi les motifs pouvant expliquer cette préférence des familles indiennes pour la naissance de garçons, figure la dot, versée par la famille de la mariée. Même si celle-ci a été interdite en Inde depuis 1961, la dot reste une pratique courante, en particulier au sein de la classe moyenne. Celles-ci représentent des transactions estimées à plusieurs milliards de roupies chaque année.

 

Tests prénataux et avortement

Face à cette tendance, l'Etat indien a pourtant pris des mesures visant à lutter contre l'avortement sélectif. Parmi celles-ci, l'on retrouve l'interdiction faite aux médecins de relever le sexe du futur bébé, afin que l'information ne soit pas connue des futurs parents. Plus encore, en 2016, la Cour suprême a demandé au gouvernement indien et aux propriétaires de moteurs de recherche (Google, Yahoo, Microsoft), de faire en sorte d'empêcher les publicités relatives aux tests prénataux, leur usage étant interdit lorsque celui-ci vise à connaître le sexe de l'enfant.

 

Les effets de ces mesures restent toutefois limités. L'on note ainsi l'existence de nombreuses cliniques privées proposant des « formules » comprenant la réalisation d'une échographie et l'avortement du foetus, dans le cas où l'échographie révèle qu'il s'agit d'une fille. Plus globalement, le nombre d'avortements continue d'augmenter, les critères prévus par la loi n'étant pas toujours respectés – notamment du point de vue du délai. Précisons que la loi indienne autorise l'avortement sans condition jusqu'à 12 semaines, et jusqu'à 20 semaines pour des cas particuliers (principalement relatifs à l'état de santé de la mère ou du foetus).

 

Eugénisme sur base du sexe ?

Il convient de s'interroger sur le fait de savoir si cette pratique mène à une forme d'eugénisme social, non proprement lié à une anomalie génétique, mais visant à éviter les coûts supplémentaires qu'une fille peut engendrer dans cette culture.

A titre exemplatif, en 2019, sur les 216 naissances enregistrées en trois mois dans 132 villages du district indien d'Uttarkashi, aucune fille n'est née.

 

Les chercheurs concluent leur étude en soulignant la nécessite de mettre en place des mesures visant à combattre les préjugés sexistes existantes en prenant en compte chaque contexte régional.

 

Selon les projections de l'ONU, l'Inde deviendra l'Etat plus peuplé du globe au milieu de la décennie 2020.

 

Sources : jurnal.plos.org, allaincevita.org, france24.fr


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