Vers l’euthanasie des personnes démentes sans leur consentement verbal ?

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Pays-Bas

Publié le : 19/12/2019

Auteur / Source : L. Vanbellingen

Dans un avis adressé à la Cour suprême, le procureur général des Pays-Bas considère que le consentement verbal du patient au moment de l'euthanasie n'est pas indispensable, dans le cas où il est atteint de démence et a rempli antérieurement une déclaration anticipée relative à l'euthanasie.

Cet avis s'inscrit dans le cadre de l'affaire dite de la « koffie-euthanasie » (euthanasie-café), nommée ainsi du fait de l'administration d'un sédatif, par le médécin, dans la tasse de la personne atteinte de démence, afin de pouvoir l'euthanasier. Cette dernière avait certes préalablement déclaré par écrit vouloir l'euthanasie, mais « à sa demande » et « quand elle estimerait que le moment était venu ». Malgré ces précisions et l'attitude confuse de la patiente, le médecin n'avait pas jugé nécessaire de requérir son consentement pour procéder à l'euthanasie. Le médecin et la famille avaient d'ailleurs été amenés à retenir de force la patiente, celle-ci se débattant au moment de la mise sous intraveineuse et de l'injection de la substance létale.

Contre l'avis du bureau disciplinaire des soins de santé, de la Commission de contrôle régionale de l'euthanasie, mais aussi du Ministère public, le Tribunal de La Haye avait considéré, en septembre dernier (cfr. News IEB), que le médecin avait respecté les précautions légales pour cette euthanasie.

Le Procureur général des Pays-Bas considère toutefois que ce jugement d'acquittement n'est pas suffisamment clair. En déposant ce « pourvoi dans l'intérêt de la loi » - sans incidence sur l'acquittement du médecin –, celui-ci souhaite voir affirmé clairement, par la Cour suprême des Pays-Bas, que le consentement verbal des personnes atteintes de démence n'est pas nécessairement requis au moment de l'euthanasie. Dans son avis, le Procureur général soutient que, dans le cas des personnes démentes « qui ne peuvent plus construire ni exprimer leur volonté de manière cohérente », « la déclaration anticipée peut acquérir le même statut que la demande orale ». Il incombe dès lors à la personne de rédiger sa déclaration anticipée « le plus clairement possible, quant aux circonstances pour lesquels le souhait de mourir est exprimé ».

Le Procureur général insiste sur la nécessité, pour les juges, de reconnaître une « large marge d'appréciation » au médecin en la matière. Toutefois, « il ne peut exister de contre-indications (tels que des signes clairs que le patient ne souhaite pas d'euthanasie) » ; il appartient d'ailleurs au médecin de « s'en assurer attentivement ». Ce dernier point constitue précisément l'enjeu principal de l'affaire en l'espèce.

En Belgique, la loi prévoit clairement que la déclaration anticipée relative à l'euthanasie n'est pas valable en cas de démence mais seulement dans le cas des personnes plongées de manière accidentelle et irréversible dans un état d'inconscience. Une proposition de loi (cfr. News IEB) a récemment été déposée pour élargir le champ d'application de la déclaration anticipée aux cas de démence.

La perspective d'un tel élargissement de la loi soulève pourtant de sérieuses questions. Outre l'enjeu lié à la validité du consentement du patient, c'est aussi l'idée d'une démence nécessairement synonyme de souffrance qui est questionnée.

L'arrêt de la Cour suprême est attendu pour le printemps 2020. Il s'agira du premier arrêt rendu par la Cour suprême au sujet de l'interprétation de la loi néerlandaise de 2002 relative à l'euthanasie.

Sources: rechtspraak.nl - medischconctact.nl

Pour aller plus loin :
News IEB 11/9/19 - La justice néerlandaise acquitte un médecin poursuivi pour meurtre
Flash expert IEB - L'euthanasie pour les personnes démentes : éléments de réflexion


Articles similaires

Verpleegkundige pleegt moord of onwettige euthanasie?

Verpleegkundige pleegt moord of onwettige euthanasie?

- Euthanasie et suicide assisté

Op 5 mei 2014 werd gedurende een persconferentie bekend gemaakt dat een verpleegkundige uit Wevelgem al anderhalve week in de cel zit op verdenking van moord.  Het parket maakte bekend dat het gaat om feiten die zich afspeelden op een termijn van 30 jaar, men maakte niet bekend hoeveel gevallen er zouden zijn.
Er is nog onduidelijkheid of het gaat om patiënten die gevraagd hadden om euthanasie en hij daarop is ingegaan.  Echter euthanasie valt onder de verantwoordelijkheid van de arts, een ve...

Lire la suite

Les 5 détenus belges ont-ils été euthanasiés ?

Les 5 détenus belges ont-ils été euthanasiés ?

- Euthanasie et suicide assisté

Que sont devenus les 5 détenus belges qui avaient demandé à être euthanasiés le 25 janvier 2013 ? Le sénateur Louis Ide (NV-A) s'en était soucié à l'époque. Le Ministre avait affirmé alors que la réponse à la demande des prisonniers passait avant tout par une meilleure prise en charge psychiatrique afin que ceux-ci ne perçoivent plus leur situation comme source de souffrances insupportables et sans espoir d'amélioration. D'autre part, l'actualité récente en Belgique montre que ces souffrances ...

Lire la suite

Belgique : euthanasies récurrentes de malades psychiatriques

Belgique : euthanasies récurrentes de malades psychiatriques

- Euthanasie et suicide assisté

Tant en 2013 qu'en 2014, une cinquantaine de personnes ont été euthanasiées en Belgique pour des raisons psychiatriques. "Les patients maniaco-dépressifs sont, dans leur phase maniaque, capables des choses les plus improbables », a évoqué le professeur Distelmans. « Ils peuvent vider leur compte en banque, partir en week-end dans un hôtel cinq étoiles ou encore acheter plusieurs voitures en une seule journée. A ce moment-là, ils ne sont pas conscients de leurs actes. Lorsqu'arrive la phase dép...

Lire la suite