FR NL EN

Le don d’organes après euthanasie : les chiffres parlent

ImprimerRecommander
[Français] 22 mars 2019

Sommaire

  •   Le don d’organes après euthanasie : les chiffres parlent
  •   Bébés génétiquement modifiés : des spécialistes réclament un moratoire
  •   Publicité ciblée pour la pilule du surlendemain
  •   Le Parlement autrichien à l'écoute des femmes et des enfants
  • Le don d’organes après euthanasie : les chiffres parlent

    20/03/2019 - Fin de vie

    Le nombre de personnes euthanasiées sur lesquelles des tissus ou des organes sont prélevés, augmente aux Pays-Bas comme en Belgique. Malgré cela, des médecins considèrent que cette pratique n’est pas encore assez connue et veulent l’encourager pour répondre aux longues files d’attentes pour les transplantations (ex. 761 personnes sur la liste d’attente pour l’implantation d’une cornée).

    L’enjeu est de taille : les personnes mourant par euthanasie représentent 4,4 % des décès aux Pays-Bas. Le patient qui connaît le moment de sa mort, peut envisager à temps de donner ou non ses organes et tissus. Il va sans dire que la mort planifiée facilite aussi l’organisation des prélèvements et  transplantations.

    Aux Pays-Bas, l’euthanasie est pratiquée dans 80% des cas par le médecin traitant à domicile. Le patient peut avoir donné son accord pour qu’on lui prélève, une fois euthanasié, les tissus oculaires, la peau, les valves cardiaques, certaines veines, des tissus osseux ou des tendons. « Après le décès, le matériel corporel doit être congelé dans les 6 heures, dans une morgue, un hôpital ou un funérarium (…) Ce sont les membres de la Fondation néerlandaise pour la Transplantation (NTS) qui se chargent du procédé. » (Voir Flash Expert ICI)

    En revanche, le don d’organes après euthanasie (possible pour les reins, les poumons, le foie et le pancréas) requiert que l’euthanasie se passe à l’hôpital, pour qu’on puisse les prélever très rapidement après le décès. « Après 5 min sans battements de pouls, d’inconscience et d’absence de respiration, la mort est décrétée et le donneur est amené en salle d’opération pour qu’on prélève ses organes» Cela s’est déjà passé pour 46 personnes aux Pays-Bas de 2012 à 2017, et pour 35 personnes en Belgique (depuis 2005). Et la pratique se répand : aux Pays-Bas, contre 1 personne en 2012, 13 patients euthanasiés ont été prélevés en 2017.

    Certains regrettent qu’on ne puisse pas donner son cœur suite à une euthanasie, car celui-ci ne bat plus. Dans un article paru simultanément dans Knack et dans le Journal du médecin, le Dr Marc Cosijns relate le cas d’une de ses patientes, qui lui a demandé d’être sédatée (plongée dans l’inconscience), exprimant aussi son souhait qu’on lui prélève ses organes alors qu’elle vit encore. Elle décèderait ensuite du fait du prélèvement. Un vœu que son médecin aimerait exaucer, regrettant que la loi l’en empêche... (Voir Bulletin de l’IEB : Des médecins canadiens demandent d’autoriser l’euthanasie "par" prélèvement des organes)

    Les auteurs émettent cependant quelques réserves à la généralisation du don d’organes et de tissus après l’euthanasie, comme la charge psychologique, pratique et administrative que cela ajoute au médecin qui pratique l’euthanasie. « Pratiquer correctement l’euthanasie demande déjà beaucoup au médecin », disent-ils. Ensuite, il n’y a que la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg dont les ressortissants sont autorisés à recevoir des organes prélevés après euthanasie. Enfin, les directives actuelles ne permettent (théoriquement) pas au soignant de parler du don d’organes avec le patient de sa propre initiative en cas d’euthanasie, du fait qu’il n’y ait pas de relation d’égal à égal entre le patient et le médecin, et que le choix du patient pourrait ne pas être totalement libre. Les auteurs suggèrent néanmoins que l’information soit donnée « de façon neutre » au patient sous la forme d’une brochure ou d’une campagne médiatique d’une instance indépendante, par exemple. D’autres proposent que ce soient les médecins-SCEN, spécialisés dans l’euthanasie, qui amènent le sujet.

    Le Dr Peter van Rijn a réagi à cet article en montrant son inquiétude face à cette vision utilitariste du futur : « l’euthanasie pour tout le monde, à l’hôpital, après quoi des ateliers de production peuvent absolument tout manipuler pour la réutilisation. Cela ne nous fait-il pas penser à une période antérieure bien connue ? »

    Sources : Medisch Contact (27/02/2019) ; Artsenkrant (7/03/2019)

    Voir aussi Bulletin du 27/02/2018

    Bébés génétiquement modifiés : des spécialistes réclament un moratoire

    19/03/2019 - Début de vie

    Ce mercredi 13 mars, dans la revue « Nature », un groupe composé de 18 scientifiques et éthiciens de renom réclamait un moratoire international sur l’édition de l’ADN héréditaire de l’homme (gamètes, embryons)  afin d'éviter « de créer des bébés génétiquement modifiés. »

    Cette demande fait suite au scandale qui a eu lieu en Chine après la naissance de petites jumelles dont l’ADN a été modifié pour les prémunir contre le SIDA (Voir Bulletin IEB).

    Ce moratoire ne s’appliquerait pas dans le cadre de thérapie où la modification de l’ADN concerne les cellules somatiques (non-héréditaires). Les spécialistes ne souhaitent pas non plus « faire obstacle » à la recherche. Ainsi, les scientifiques pourraient continuer leurs expérimentations sur les gamètes et les embryons tant que cela ne débouche pas sur une naissance.

    Le moratoire durerait cinq ans.  Une durée qui devrait donner à la technique le temps de se développer et d’atteindre un niveau de « sécurité et d’efficacité » suffisant. Ce répit devrait aussi permettre de mener les débats scientifiques et éthiques essentiels et de pouvoir mettre en place un « cadre international ». Un cadre qui servirait surtout à surveiller la pertinence des décisions prises par les pays sur le sujet. En effet, le groupe désire que « les nations, tout en conservant le droit de prendre leurs propres décisions, s'engagent volontairement à ne pas approuver l'utilisation de l'édition clinique du génome à moins que certaines conditions ne soient remplies. »

    Certaines personnalités du monde scientifique s’interrogent sur l’efficacité d’un tel moratoire et doutent qu’il soit respecté. La Chine n’avait-elle pas des lois sensées empêcher les dérives ?

    De son côté, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a mis en place un comité d’éthique qui s’est réuni pour la première fois ces 18 et 19 mars à Genève. Elle devrait bientôt publier ses recommandations sur le sujet.

    Source: letemps.ch, genethique.org, rtbf.be

    Publicité ciblée pour la pilule du surlendemain

    20/03/2019 - Début de vie

    « C’est MA VIE, MON CHOIX, MON LENDEMAIN A MOI » ou « Un bébé ? Qui sait ? Peut-être un jour… Mais là, c’est mon choix, ma décision à moi. » sont les nouveaux slogans des trois publicités d’ellaOne pour la « pilule du surlendemain ». Epinglées ces derniers jours aux vidéos Youtube, ces publicités ont ciblé les femmes en Belgique, au moment-même où la Commission Santé adoptait un projet de loi visant à rembourser la pilule du lendemain quel que soit l’âge de la femme. 

    La substance que contient cette pilule (Ulipristal acétate) a des effets antagonistes sur les récepteurs de progestérone. Malgré cela, elle a été autorisée en mai 2009, suite à son retrait de la liste des substances vénéneuses par la Commission européenne. Elle est disponible sans prescription médicale en pharmacie et doit être ingérée dans les 5 jours suivant un rapport sexuel « non-protégé ». 

    Sur le site d’ellaOne, on lit que cette pilule « reporte l’ovulation et de ce fait peut empêcher une grossesse d’arriver ». Cependant, la société émettrice HRA Pharma ajoutait au paravant dans les caractéristiques du produit, que « des altérations de l’endomètre peuvent aussi contribuer à l’efficacité du produit ». Ce qui, autrement dit, signifie que la pilule modifie l'endomètre, le rendant impropre à accueillir l'oeuf fécondé, l'embryon.

    En effet, si la pilule est prise après l’ovulation, la conception pourrait avoir lieu, et la pilule aurait alors pour effet d’empêcher la nidation de l’embryon dans la paroi de l’utérus (du fait de l’amincissement de l'endomètre et d’un retard de sa maturation), ce qui ne permettrait pas à l’embryon de survivre. Si par contre la pilule est ingérée alors que l’ovulation n’a pas encore eu lieu, elle n’aura qu’un effet contraceptif en bloquant ou en retardant l’ovulation, le temps que le sperme ne soit plus actif. L'action de la pilule varie donc en fonction du moment du cycle où elle est prise.

    En tout état de cause, l’effet potentiellement abortif de la substance, parfois qualifiée de "bombe hormonale", n'a pas empêché la campagne médiatique qu’en fait ellaOne, car depuis la nouvelle loi relative à l’interruption volontaire de grossesse, il est parfaitement autorisé de faire de la publicité pour les moyens abortifs. (Voir Dossier de l’IEB sur l’avortement, p. 22)

    Sources : piluledulendemain.ellaone.be, Dr Justo Aznar, “Ulipristal acetate. A new emergency contraceptive. Ethical aspects of its use”.

    Le Parlement autrichien à l'écoute des femmes et des enfants

    21/03/2019 - Début de vie

    Promouvoir l'équité pour les femmes enceintes et leurs enfants, c’est le projet de l’initiative citoyenne parlementaire autrichienne #fairändern (traduire « juste changement »).

    Entraînée dans cette initiative par trois femmes (Carina Marie Eder, Petra Plonner et Marie-Louise Schütz), l’Autriche s’est rassemblée autour d’une pétition unique qui a rapidement vu les rangs de ses signataires grossir. L’initiative #fairändern touche en effet un grand nombre de personnes aux profils très variés, qu’ils soient athlètes, élus, artistes ou entrepreneurs. Derrière le hashtag #fairändern,  figurent six revendications, et notamment, la publication de statistiques officielles sur l’avortement car, contrairement à la plupart des pays d’Europe occidentale, il n’existe en Autriche que des estimations du nombre d’avortements pratiqués chaque année.

    Or, disent les pétitionnaires, pour bien accompagner les femmes confrontées à une grossesse non planifiée, il est urgent de connaître les causes de l'IVG pour offrir aux femmes fragilisées des soutiens juridiques, financiers et psychosociaux.

    Il en est de même pour les services de conseil et de soutien destinés aux parents qui attendent ou ont déjà donné naissance à un enfant porteur d’un handicap.

    Les signataires demandent aussi une étude scientifique quant aux motivations réelles qui poussent à l'avortement.
    Ils réclament que soit instauré un délai de réflexion de trois jours avant l'IVG, comme c’est généralement le cas pour d'autres opérations chirurgicales. En parallèle le collectif souhaite une campagne d'information sur les possibilités de confier l'enfant à l'adoption comme alternative à l'avortement, dans un pays où de nombreux parents candidats cherchent à adopter.

    Soulignant la discrimination de la loi qui fait qu’actuellement les enfants porteurs d’un handicap peuvent être avortés jusqu’à la naissance, le groupe #fairändern demande une abolition de l'indication eugénique figurant dans la loi.

    La pétitionnaire et vice-présidente de l’initiative #fairändern Petra Plonner souligne que « #fairändern n’est pas seulement une question d’améliorations juridiques et sociales, mais une initiative citoyenne qui cherche à créer un climat social global en accueillant les femmes enceintes et leurs familles et en voyant les enfants comme l’avenir de la société ».

Faire un don à l'IEB