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Eugénisme euthanasique des personnes atteintes de démence

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[Français] 18 octobre 2018

Sommaire

  •   Eugénisme euthanasique des personnes atteintes de démence
  •   Un tribunal allemand confirme l’amende d’un médecin ayant « promu » l’avortement
  •   Des députés et ministres allemands s’opposent au remboursement du DPNI
  •   Visions divergentes au Congrès des soins palliatifs pédiatriques francophones entre intervenants
  • Eugénisme euthanasique des personnes atteintes de démence

    18/10/2018 - Fin de vie

    Dans une lettre ouverte du 6 octobre dernier, le Prof. et Président de la Commission fédérale d’évaluation et de contrôle de l’euthanasie Wim Distelmans demande de modifier la loi pour permettre l’euthanasie des personnes démentes.

    Selon la loi en vigueur, les patients ne peuvent obtenir l’euthanasie que s’ils sont conscients et capable de discernement. La déclaration anticipée d’euthanasie, qui n’est exécutée qu’en cas de coma irréversible, est donc sans effet si le patient est atteint de démence.

    Le Prof. Distelmans décrit la situation à laquelle font face de nombreux patients déments, leurs proches aidants et leurs médecins : les aidants naturels sont souvent épuisés, les personnes atteintes de démence restent trop souvent seules chez elles, ne bénéficiant pas de soins résidentiels adaptés et particulièrement agréables. Il s’inquiète de ce qu’on prévoie d’ici 2035 une augmentation de la moitié du nombre de personnes démentes. Les personnes atteintes d’Alzheimer sont en effet de plus en plus nombreuses (Voir Bulletin de l’IEB), alors que « les budgets de recherche d’une thérapie efficace de la maladie d’Alzheimer et d’autres processus de démence ont récemment été considérablement réduits en raison de résultats trop coûteux et insuffisants ». La solution serait donc, selon lui, l’euthanasie pour les personnes démentes.

    Au Canada, selon une étude menée par l’Université de Sherbrooke, 91% des aidants proches seraient d’accord pour étendre l’euthanasie aux personnes inaptes en phase terminale (moyennant des signes de détresse et une directive anticipée), et 72% des aidants proches y seraient favorables même sans directive anticipée. Une autre étude, menée par l’Association des proches aidants de la Capitale-Nationale (Québec, octobre 2017) montre la détresse des proches aidants : 36% des proches aidants songent à abandonner en raison du poids de toutes leurs responsabilités, 57% disent ressentir « une forme de pression pour accélérer le départ de la personne aidée ». On saisit le poids et la fatigue des proches tentés de proposer et de suggérer l’euthanasie à leurs parents…

    Comment ne pas craindre des euthanasies non voulues par le patient, qui changerait d’avis entre le moment de sa déclaration et celui où l’on va exécuter cette demande ?

    Source : VRT  et les 2 études canadiennes

     

    Un tribunal allemand confirme l’amende d’un médecin ayant « promu » l’avortement

    18/10/2018 - Début de vie

    L’amende infligée au Dr Kristina Hänel, pour avoir fait savoir sur internet qu’elle pratiquait des avortements, a été confirmée par le tribunal allemand. Le tribunal de Giessen avait condamné en première instance le Dr Hänel à une peine de 6.000 euros, appliquant l’article 219a du Code pénal allemand qui punit la promotion et la publicité pour l’avortement.

    Ne voulant pas s’exprimer sur le fond de l’affaire, le tribunal a invité à régler la question sur le plan politique. « Vous devez considérer cette décision comme un titre honorifique dans la lutte pour une meilleure loi », a-t-il dit au Dr. Hänel, exerçant ainsi une réelle pression sur le législateur. Cette décision intervient alors que plusieurs responsables politiques avaient appelé à l’abrogation du paragraphe 219a et que la ministre de la famille Franziska Giffey (SDU) a défendu la semaine dernière une réforme de la loi dans ce sens.

    Même si l’Allemagne connaît une baisse du nombre d’avortements depuis 2001, il reste que 100.000 avortements (pour 790.000 naissances, i.e. plus d’1/8) ont lieu chaque année et que ces chiffres sont de nouveau en hausse depuis 2017.

    En Belgique, la modification récente de la loi sur l’avortement a autorisé la promotion et la publicité de l’avortement. Une coïncidence qui montre combien, ces derniers temps, le sujet de l’avortement revient sur le devant de la scène dans de nombreux pays.

     

    Des députés et ministres allemands s’opposent au remboursement du DPNI

    18/10/2018 - Diagnostics prénatal et préimplantatoire

    Une centaine de députés et des ministres allemands de tous bords politiques ont lancé une initiative visant à empêcher le remboursement systématique du dépistage prénatal non invasif (DPNI), par lequel les anomalies génétiques, dont la trisomie 21, peuvent être identifiées. Ils craignent que la promotion de ce test ne provoque une « hausse des avortements » et demandent en urgence un débat éthique au Parlement sur ce sujet.

    Le DPNI a été développé par la société Sequenom aux Etats-Unis. L’Allemagne était le premier pays européen visé par les promoteurs du test, servant de porte d’entrée vers les autres pays d’Europe. En effet, les diagnostics prénataux y sont en hausse constante. 75 % des femmes enceintes ont plus de 35 ans, ce qui fait du pays un de ceux où se présente le plus grand nombre de grossesses à risque (70%). 

    L’Allemagne est aujourd’hui la première à « douter de l’intérêt de ce nouveau test et des implications éthiques qui en découlent. » Selon le député Rudolf Henke (CDU), la question n’est pas de savoir comment mieux dépister, mais comment agir « pour contrer efficacement les préjugés à l’égard des personnes handicapées ». La députée Dagmar Schmidt (SPD) a ajouté que les personnes atteintes de trisomie 21 n’étaient pas moins heureuses que les autres, et qu’elles souffraient davantage de leur exclusion que de leur état de santé.

    Un débat parlementaire aura lieu au plus tôt en janvier 2019, lors duquel les dirigeants se poseront la question du caractère eugéniste du DPNI, de la nécessité de son remboursement en cas d’impossibilité de thérapie et d’une meilleure information des femmes sur ces questions.

    Source : Communiqué de presse de la Fondation Lejeune et Medicalxpress

    En Belgique, le DPNI est remboursé depuis juillet 2017 : voir Bulletin de l’IEB

     

    Visions divergentes au Congrès des soins palliatifs pédiatriques francophones entre intervenants

    18/10/2018 - Fin de vie

    Début octobre, à Liège, a eu lieu le 8ème Congrès international francophone de soins palliatifs pédiatriques. Devant des soignants venus de plusieurs pays francophones (France, Canada, Cameroun, …) des médecins et professeurs belges ont abordé avec complaisance l’euthanasie des mineurs. Les intervenants étrangers ont davantage abordé les soins palliatifs pédiatriques en tant que tels.

    Le Dr. Marc-Hélie Huon, psychologue au CHRU de Brest, a alerté sur le danger de la « protocolisation du mourir » dans les soins palliatifs. Selon lui, la volonté de tout garder sous contrôle et d’éviter toute souffrance peut aboutir à une sorte de mort psychique chez le patient. Le danger serait aussi de « gaver » le patient en voulant répondre à tous ses désirs, ce qui peut le renvoyer au stade du début de vie… Il a insisté sur le fait que le symptôme faisait souffrir et à la fois faisait tenir, le plus grand danger étant de ne plus rien sentir de sa consistance corporelle. Il a également pointé le risque des directives anticipées d’euthanasie en France de produire un forçage psychique, une fixation sur la manière dont la personne prévoit de mourir. Pour finir, il a appelé à distinguer la vie de l’existence, le sentiment d’inexistence se construisant quand la personne a l’impression de ne plus compter pour l’autre.

    Tanguy Chatel, sociologue et bénévole en soins palliatifs en France, s’est attaché à décrire le rapport à l’enfant dans la société d’aujourd’hui, caractérisée par la « passion de l’enfant ». A ce titre, il a souligné combien paradoxale s’avérait la revendication du « droit à l’enfant » à l’heure de la revendication croissante de la contraception, voulue pour empêcher la venue de l’enfant. On aurait, selon lui, tendance à réduire l’enfant à un projet de vie qu’il permet à l’adulte de faire pour lui-même. Il a conclu en décrivant le glissement du soin « pour » le patient au soin « avec » et même « à partir » du patient. Soigner « avec », dans cette perspective d’accompagnement, « fait de la présence un acte ». Selon lui, « Le retour repose sur l’expérience de la présence au cœur de la souffrance ».

    Le Dr Matthias Schell, pédiatre au Centre Léon Bérard à Lyon, s’est dit surpris et « décalé » par ce qu’il avait entendu au sujet de l’euthanasie des mineurs. Il a exprimé ses doutes par rapport à l’affirmation selon laquelle la gravité était la même pour l’euthanasie et la sédation profonde. Il a insisté sur la différence qui existe entre choisir de faire mourir et laisser la mort venir. Il a enfin exprimé une certaine frustration, en tant que médecin, de n’avoir pas plus entendu parler de l’aspect médical des soins palliatifs, comme les avancées dans le traitement des symptômes réfractaires, qui pourraient diminuer le recours à la sédation terminale et à l’euthanasie.

    (voir Bulletin de l’IEB sur les trois cas d’euthanasies de mineurs en Belgique) - Dossier "Euthanasie des mineurs en Belgique"

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