Proposer aux personnes admises à l’euthanasie de donner leurs organes ?

 Imprimer

Thématique : Statut du corps humain / Don d'organes et euthanasie

Actualités - Belgique Belgique

Publié le : 27/02/2018

Professeur émérite à l'Université catholique de Louvain, médecin chirurgien spécialiste des greffes de foie, et membre du comité d'éthique des cliniques Saint-Luc, Jean-Bernard Otte a donné ce mardi 20 février 2018 une conférence à l'Académie royale de Médecine de Belgique sur le thème " Don d'organes après euthanasie." Cette conférence fait suite à une première conférence déjà donnée à Tournai le 16 décembre 2017.

Le Prof. Otte a rappelé, dans une vision qu'il assume être tout-à-fait « utilitariste » selon ses propres termes, l'importance de trouver suffisamment d'organes disponibles pour de potentielles transplantations.

En 2016, 321 belges ont donné leurs organes après leur décès, et 113 ont, de leur vivant, donné un rein ou une partie de leur foie. Ces chiffres font des belges les donneurs les plus importants du réseau « Eurotransplant ». Pourtant en Belgique, cette même année, 107 patients en attente d'un organe sont décédées.

Face à la pression et aux besoins d'organes, le comité d'éthique de Saint-Luc réfléchit depuis plusieurs années à certaines possibilités pour élargir les critères et recruter des donneurs potentiels.

Depuis 2005, les organes d'une quarantaine de personnes euthanasiées ont été prélevés en Belgique. Il s'agissait de patients ayant spontanément fait offre de leurs organes. Il s'agit là d'une source potentielle d'organes de plus en plus importante.

Sur base des données relatives aux personnes euthanasiées en Belgique en 2015, le Dr Jan Bollen, du Centre Médical de l'Université de Maastricht, était déjà arrivé à la conclusion qu'au moins 10% des personnes euthanasiées auraient pu donner au moins un organe (Voir Bulletin de l'IEB). 684 organes auraient pu être donnés en 2015, redistribués via Eurotransplant dans les 8 pays membres, et couvrir une partie des 1.288 demandes belges d'organes en attente.

Sur base de ces chiffres, le Docteur Otte a exposé l'interrogation du comité d'éthique de Saint-Luc quant à la possibilité, pour les médecins, d'évoquer eux-mêmes, à leurs patients la possibilité de donner leurs organes, dès lors que ces patients auraient vu leur demande d'euthanasie validée, et pour autant bien sûr que l'affection justifiant leur euthanasie soit compatible avec le don d'organes. (Ce qui n'est pas le cas de personnes touchées par un cancer).

Le patient aurait toujours le droit de se rétracter jusqu'au dernier moment, comme pour toute autre euthanasie.

Un médecin anesthésiste de l'assemblée a poussé plus loin la logique. Il a ainsi proposé la possibilité d'extraire les organes du patient à euthanasier avant sa mort, sous anesthésie générale. Cette opération aurait pour avantage de garantir la qualité des organes (qui doivent être prélevés au plus vite, impérativement dans les 4 à 5 min de l'arrêt cardiaque).  Cette proposition n'a pas fait l'unanimité car cela ferait "quand même porter un poids important sur les épaules des chirurgiens" et surtout, la famille n'aurait pas recueilli le "dernier souffle de la personne", ce qui est constitutif du travail de deuil, mentionnait un psychologue de l'assemblée.

Il n'en reste que la question du prélèvement d'organes après euthanasie semble avoir ses émules en Belgique, au point d'en faire la promotion auprès des confrères médecins, qui eux-mêmes pourront le proposer à leurs patients.


Articles similaires

Don d'organes

- Don d'organes et euthanasie

Transplantation d'organes : donation vivante et après euthanasie
Orgaantoerisme naar België
Orgaandonatie na euthanasie: is Belgïe een voorbeeld?De longen van iemand die euthanasie onderging, zijn meer geschikt voor transplantatie dan die van ee
Les poumons d'une personne euthanasiée sont de meilleure qualité pour une transplantation
Prélever des organes sur des personnes vivantes et incapables d'exprimer leur accord ? Avis du CCBB
Permis de conduire et don d'organesVers une meilleure traça...

Lire la suite

Le don d’organes après euthanasie : les chiffres parlent

Le don d’organes après euthanasie : les chiffres parlent

- Don d'organes et euthanasie

Le nombre de personnes euthanasiées sur lesquelles des tissus ou des organes sont prélevés, augmente aux Pays-Bas comme en Belgique. Malgré cela, des médecins considèrent que cette pratique n'est pas encore assez connue et veulent l'encourager pour répondre aux longues files d'attentes pour les transplantations (ex. 761 personnes sur la liste d'attente pour l'implantation d'une cornée).

L'enjeu est de taille : les personnes mourant par euthanasie représentent 4,4 % des décès aux Pays-Bas. Le ...

Lire la suite

Transplantation d’organes : donation vivante et après euthanasie ?

Transplantation d’organes : donation vivante et après euthanasie ?

- Don d'organes et euthanasie

L'Académie Royale de Médecine de Belgique et la Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België ont organisé un symposium sur le don et la transplantation d'organes en Belgique. Un panel national et international d'experts médicaux et de juristes a informé un auditoire d'une centaine de personnes sur l'état actuel de la transplantation en Belgique en la situant dans un contexte international.
Malgré l'existence d'excellents programmes de transplantation d'organes provenant de personnes décédé...

Lire la suite