Questions éthiques autour du Covid19 : qui soigner d’abord ?

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Thématique : Fin de vie / Santé mentale

Actualités - Belgique Belgique

Publié le : 19/03/2020

Auteur / Source : IEB ; De Standaard ; SBMI

Comment juger qu'une vie vaut davantage la peine d'être sauvée qu'une autre ? Cette question, qui semblait jusqu'il y a peu encore réservée au passé et à ses champs de bataille, risque pourtant de se poser dans nos propres hôpitaux ces prochaines semaines. Le système de santé de plusieurs pays d'Europe et du monde est ébranlé par le COVID-19 : il met à rude épreuve les services de soins intensifs, ultra-sollicités par les patients en insuffisance respiratoire. Dans un avis éthique paru hier à la demande du ministère de la Santé, la Société belge de Médecine Intensive (SBMI) prévient qu' “une telle surcharge extrême du système hospitalier aura des implications éthiques importantes, car les médecins devront décider quels patients admettre et à quels patients refuser l'accès aux soins intensifs.

 

Si les mesures pour maximiser la capacité des soins intensifs - “en postposant les soins médicaux non urgents et en transformant les unités non intensives en unités de soins intensifs” - ne suffisent pas, il faudra discerner quels patients peuvent bénéficier de ces lits en priorité. Mais en fonction de quels critères ?

 

L'âge, pris isolément ne peut pas être utilisé pour les décisions de triage, mais il doit être intégré à d'autres paramètres cliniques”, recommande la SBMI, insistant néanmoins sur l'importance d'identifier au plus vite - notamment au sein des maisons de repos - les patients pour lesquels les soins intensifs seraient disproportionnés. “Un plan avancé de soins devrait être discuté à l'avance avec les résidents des maisons de retraite ou leurs proches”, à l'initiative si possible du médecin généraliste.

 

A ce stade, le groupe de travail de la SBMI n'indique pas concrètement pour quelles personnes les soins intensifs seraient disproportionnés et laisse à chacun la responsabilité de définir son parcours de soins. Mais il devient plus explicite dans la suite de l'avis : “Le groupe de travail recommande que les patients âgés, résidant dans une maison de retraite et souffrant de troubles cognitifs graves, ne soient pas reconnus comme de bons candidats pour être référés aux soins intensifs ; ces patients pourraient cependant être admis dans une salle d'hôpital pour des soins de base.” On pense ici aux personnes atteintes de maladies neuro-dégénératives, comme l'Alzheimer. On peut s'étonner de cette conclusion qui semble mettre au second plan des personnes que des soins intensifs pourraient sauver du virus dès lors qu'ils gardent une bonne résistance physique, et ce malgré leur maladie cognitive. A suivre ce raisonnement, qu'en serait-il des personnes plus jeunes, mais porteuses de handicap mental ?

Prenons maintenant deux patients atteints du virus, et présentant la même urgence médicale. Dans ce cas, la SBMI recommande de suivre le principe du « premier arrivé, premier servi» et le critère «aléatoire». Une directive dont se distancie l'avis du Comité d'éthique de l'Hôpital Universitaire de Louvain (UZ Leuven), lui-même suivi par les autres hôpitaux universitaires : selon lui, la priorité pourrait alors être donnée au patient plus jeune.

 

Une jeune femme a-t-elle plus de valeur qu'un homme de 55 ans ? Un sexagénaire atteint d'Alzheimer doit-il laisser place à son contemporain “sain d'esprit”? Voilà quelques-unes des questions terriblement difficiles auxquelles seront confrontés nos soignants. Mais faut-il nécessairement entrer dans ce genre de “tri” (in)humain? Il nous semble, d'un point de vue éthique, que des règles trop générales pourraient mener à des cas de conscience trop lourds voire inhumains, tant pour les soignants que les malades. Ici, le hasard d'un “critère aléatoire” ou du “premier arrivé, premier servi” pourrait nous rappeler que tous, nous sommes vulnérables, que la valeur de chaque vie humaine n'est ni mesurable, ni comparable.


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