L’euthanasie pour les personnes démentes à l’agenda politique

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Belgique Belgique

Publié le : 08/11/2019

Auteur / Source : Le Soir, De Standaard.

Le sp.a a déposé le 17 octobre dernier une proposition de loi visant à autoriser l'euthanasie des personnes atteintes de démence sévère, sur base d'une déclaration anticipée d'euthanasie. Le texte prévoit que les personnes pourraient remplir « une déclaration anticipée précisant le moment où elles souhaitent que l'on procède à l'arrêt actif de leur vie », pour le cas où elles souffriraient un jour d'une « atteinte grave, irréversible et incurable des fonctions cérébrales ».

C'est faire peu cas de l'enquête publiée en juin dernier et menée au sein du Belgian Dementia Council, qui regroupe des personnes spécialisées dans le soin de ces patients. Plus de la moitié d'entre eux se sont exprimés en défaveur d'un élargissement de loi sur l'euthanasie aux personnes atteintes de démence sévère. Ils invoquent plusieurs raisons parmi lesquelles : l'extension ne répondra pas au besoin réel de ces patients, qui est d'abord une approche palliative spécifique à leur situation ; s'ajoute la difficulté pour le médecin d'euthanasier un patient « qui n'est plus en mesure de comprendre le geste qui est effectué ».

Le Dr Luc Bonneux, actif lui aussi auprès de ces patients, ajoute : « C'est rare que la personne démente elle-même souffre gravement. Ce sont ses proches qui souffrent de la situation. » Exerçant aux Pays-Bas où l'euthanasie des personnes démentes est autorisée, ce médecin lance une alerte : une telle loi « crée un conflit émotionnel entre la famille, qui n'en peut plus, et le médecin, qui n'ambitionne pas de devenir un vétérinaire… ».

Les enjeux que pointent l'enquête du Belgian Dementia Council trouvent un écho positif dans une proposition de résolution déposée par la députée Catherine Fonck (cdH) : elle appelle à développer un plan « Alzheimer, démence et maladies apparentées », autour de nombreux objectifs parmi lesquels : donner une image plus nuancée de ces maladies pour éviter que le regard négatif de la société sur ces patients n'ajoute à leur souffrance, mobiliser le tissu social pour mieux côtoyer ces personnes via des initiatives locales, soutenir les aidants-proches et renforcer leur savoir-faire,...

A noter qu'actuellement, les patients qui demandent l'euthanasie ne peuvent l'obtenir que s'ils sont conscients et capables de discernement au moment de la demande, ce qui fait défaut en cas de démence sévère.

 

Pour approfondir la question, voir le Flash Expert de l'IEB « L'euthanasie pour les personnes démentes : éléments de réflexion ».


Articles similaires

La souffrance psychique d’un homme « mal-transgenré » comme justification légale à son euthanasie

La souffrance psychique d’un homme « mal-transgenré » comme justification légale à son euthanasie

- Euthanasie et suicide assisté

Nathan Verhelst, 44 ans, ne souffrait ni d'une maladie incurable, ni d'une maladie en phase terminale. Il vient d'être euthanasié. Nathan était né avec un sexe de femme et avait subi plusieurs opérations visant à le transformer en homme. Nathan se sentait toujours emprisonné dans un corps dont il ne voulait pas. L'euthanasie a été pratiquée sous la supervision du médecin Wim Distlemans de la VUB. Selon ce dernier, toutes les conditions étaient réunies pour y procéder. «On pouvait clairement pa...

Lire la suite

Euthanasie des enfants : sévérité de la déclaration de parlementaires du Conseil de l'Europe

- Euthanasie et suicide assisté

61 membres de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe émanant de plusieurs pays et partis politiques, dont les socialistes, ont signé une "déclaration écrite" relative au projet de loi qui dépénaliserait l'euthanasie des enfants en Belgique.

Les signataires affirment que la Belgique se trompe lourdement en pensant « que les enfants sont capables de donner leur consentement éclairé à l'euthanasie et qu'ils peuvent comprendre la signification grave et les conséquences d'une telle décis...

Lire la suite

République tchèque : opposition du gouvernement à une proposition de loi relative à l’euthanasie

République tchèque : opposition du gouvernement à une proposition de loi relative à l’euthanasie

- Euthanasie et suicide assisté

Le 22 juin 2016, le gouvernement tchèque s'est prononcé contre une proposition de loi émise par six députés, visant à permettre l'euthanasie sous des conditions strictes.

La proposition de loi prévoyait d'accorder l'euthanasie aux patients en phase terminale et qui en avaient fait la demande, de même que la création d'une commission spéciale chargée de vérifier que les conditions prévues par la loi étaient bien respectées.

 

Mais le gouvernement ne souhaite pas suivre la voie des pays qui o...

Lire la suite