L’euthanasie en Colombie : pratiquée mais pas légalisée

Auteur / Source : Publié le : Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté Actualités Temps de lecture : 1 min.

 Imprimer

Le 8 avril en Colombie, le parlement a de nouveau rejeté une proposition de loi pour légaliser l'euthanasie. Déposé par le député libéral Juan Fernando Reyes Kuri, le texte proposait d'autoriser l'euthanasie pour les personnes qui souffrent de façon intolérable en raison d'une maladie incurable ou d'une maladie en phase terminale. 

 

Dans un arrêt de 1997, la Cour constitutionnelle colombienne avait déjà reconnu la possibilité de « l'homicide par compassion » en cas de souffrances intenses suite à des lésions corporelles, ou une maladie grave ou incurable. Elle invitait le législateur à réglementer au sujet de la « mort digne ». En l'absence de loi, la Cour réitère sa position en 2014, reconnaissant cette fois-ci un droit à mourir dignement et énumérant trois conditions principales auxquelles devrait satisfaire la loi :  pour éviter des poursuites pénales à la suite d'une euthanasie, il faut que la personne souffre d'une maladie en stade terminal, que son consentement à l'euthanasie soit clair, libre et éclairé, et que l'euthanasie soit pratiquée par un médecin.  

 

Depuis lors, le législateur, représentant du peuple colombien, n'est toujours pas parvenu à voter une loi pour encadrer la pratique de l'euthanasie. Une centaine d'euthanasies ont pourtant été pratiquées depuis 2015, en suivant une réglementation édictée par le Ministère de la santé. 

 

Lors des débats au sein du Congrès, la députée Angela Sanchez Leal (Partido Cambio Radical) a invité les parlementaires à rejeter le texte, soulignant que l'euthanasie décourage la recherche en matière de technologies et de traitements pour parvenir à la gestion de la douleur. En Colombie, les soins palliatifs sont loin d'être accessibles pour tous les patients qui en auraient besoin. Elle a notamment pris l'exemple du Larotrectinib, un médicament qui pourrait soulager de nombreux patients en fin de vie, mais au remboursement duquel l'Agence colombienne du médicament fait barrage jusqu'à présent.  

 

Outre la Colombie, d'autres pays connaissent la même interférence des juges en matière d'euthanasie : les hautes instances judiciaires en Italie, en Allemagne et en Autriche ont refusé de déclarer le suicide assisté inconstitutionnel, sommant leurs parlements de permettre et d'encadrer la pratique.  


Articles similaires

Légaliser l’euthanasie… pour des raisons économiques

Légaliser l’euthanasie… pour des raisons économiques

- Euthanasie et suicide assisté

Un article scientifique récemment publié dans la revue Clinical Ethics encourage la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie sur base d'arguments financiers.

Cet article, co-écrit par David Shaw (chercheur en bioéthique à l'Institute for Biomedical Ethics de Bâle) et Alec Morton (chercheur en management de la santé à Glasgow), est intitulé « Counting the cost of denying assisted dying » (« Calculer le coût d'un refus de légalisation du suicide assisté »). Les deux auteurs cherchent ...

Lire la suite

L’Association Médicale Mondiale réaffirme son opposition à l’euthanasie

L’Association Médicale Mondiale réaffirme son opposition à l’euthanasie

- Euthanasie et suicide assisté

L'Association Médicale Mondiale (AMM) a encore une fois réaffirmé son opposition au suicide assisté et à l'euthanasie dans une déclaration du 31 octobre 2019, considérant que ces pratiques sont « contraires à l'éthique médicale ». (voir Bulletin de l'IEB sur la déclaration de l'AMM du 4 octobre 2018)

L'AMM a aussi pris soin de rappeler que contrairement à la mort provoquée par ou avec l'aide du médecin, l'arrêt de « traitements médicaux » à la demande du patient ne constitue pas un acte contr...

Lire la suite

Disparition d’une dose de curare devant servir à une euthanasie.

Disparition d’une dose de curare devant servir à une euthanasie.

- Euthanasie et suicide assisté

Devant pratiquer une euthanasie au domicile d'une patiente, le Dr N. se rend personnellement - comme l'exige la loi - dans une pharmacie . Il se procure ainsi les produits létaux et le matériel nécessaire avant de se rendre au chevet de la personne. Au moment d'administrer l'euthanasie en présence des membres de la famille, il découvre qu'une des 5 ampoules contenant des barbituriques (curare) est vide. Or, la boîte était bien scellée. Où est passé le curare ? A-t-il atterri dans de mauvaises ...

Lire la suite