Cri d'alarme des médecins face à la suppression d'un garde-fou de la loi sur le suicide assisté en Oregon

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Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Etats-Unis Etats-Unis

Publié le : 07/08/2019

Auteur / Source : Oregon State Legislature, The Washington Post, Statesman Journal

L'Oregon fut le premier État américain à adopter en 1997, une loi sur l'aide au suicide. Dans les débats autour de la loi, le délai de 15 jours de réflexion était présenté comme un garde-fou essentiel pour garantir le caractère volontaire et réfléchi de la demande de suicide. 22 ans plus tard, il n'est plus question de cette balise pour les patients dont le pronostic vital ne dépasse pas 15 jours. En pratique, ces patients pourraient soumettre le même jour les deux demandes orales et la demandes écrite exigées, et se voir prescrire la substance létale dès qu'un deuxième médecin a confirmé le diagnostic. C'est ce que vient de décider le gouverneur Kate Brown  en modifiant la « Loi sur la mort digne » le 23 juillet dernier.

Les raisons invoquées par les auteurs de la loi sont de « réduire la bureaucratie et de soulager les personnes gravement malades », qu'il ne faudrait pas faire souffrir « inutilement », précise le sénateur Floyd Prozanski. Faut-il en déduire que les derniers jours d'une vie sont « inutiles » et que la souffrance de ceux qui acceptent de vivre jusqu'à leur dernier souffle est dépourvue de sens ? Quelle place pour se préparer à la mort ? La fin de vie deviendrait-elle en elle-même une raison suffisante pour obtenir immédiatement l'assistance au suicide ?

L'adoption d'une telle loi qui facilite encore davantage le suicide a provoqué l'indignation de plusieurs personnalités politiques, comme le député Duane Stark et les sénateurs Peter Courtney et Sara Gelser. Ils s'inquiètent surtout des pressions qui pourraient s'exercer sur les patients fragilisés pour « mourir plus vite », et du signal que la loi envoie par rapport à la qualité des soins en fin de vie.

De nombreux médecins se sont exprimés devant le Parlement pour prévenir des dangers que contenait une telle évolution de la loi. Nous reprenons ici quelques extraits de leurs interventions :

« La loi retire un garde-fous important pour protéger les patients de leurs propres décisions impulsives et des membres de la famille qui seraient motivés par leur égoïsme. (…) Lorsqu'un patient va mourir de façon imminente à cause d'une maladie terminale, nous disposons de moyens médicaux qui lui procurent le plus de confort possible en attendant les deux semaines pour recevoir la dose létale. (…) Supprimer la période d'attente témoigne d'un profond mépris de la personne qui se trouve à un moment très difficile et de grande dépendance, et sous-estime sa valeur intrinsèque. (…) A travers cette loi, on dit aux Orégonais que leur vie n'a pas de valeur dans ses derniers jours, au nom du confort et d'une économie de soins de santé. »

Dr William Toffler, Prof. em. de médecine de famille.

 « En tant qu'oncologue, mon observation, confirmée par la littérature médicale, est que la plupart de ceux qui ont choisi le suicide assisté sont des personnes bien éduquées et qui ont connu le succès. Ils choisissent de raccourcir leur vie parce qu'ils ont peur de perdre leur autonomie, leur joie de vivre, et leur dignité, un sentiment qui grandit au fur et à mesure que la mort s'approche. Peu nombreux sont ceux qui choisissent la mort à cause d'une douleur incontrôlée ».

Dr Bud Pierce, hématologue, oncologue.

Le délai des 15 jours « les protège de prendre hâtivement une décision de mettre fin à leurs jours, décision qui peut être influencée par d'autres ». « Il est très difficile pour des médecins d'indiquer l'espérance de vie de leurs patients. Dans mes 50 ans et plus de pratique médicale, j'ai appris à être très prudent dans la façon de prédire combien de jours un patient avait encore à vivre. Et j'ai appris à ne pas faire de tels pronostics à un patient. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne une espérance de vie de 15 jours ou moins. »

Prof. Dr Kenneth, oncologue.

 

« Il y a de grosses difficultés à évaluer la capacité de décision et à obtenir un consentement éclairé dans la phase terminale de la vie. »

Dr Satya Chandragiri, psychiatre.


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