Belgique : les médecins plus réticents à pratiquer l’euthanasie

 Imprimer

Thématique : Fin de vie / Euthanasie et suicide assisté

Actualités - Belgique

Publié le : 10/06/2021

Auteur / Source : De Standaard (4/6/2021) ; Institut Européen de Bioéthique

Les médecins formés à la pratique et au conseil en matière d'euthanasie manifestent davantage de réticence qu'auparavant, en particulier par rapport à l'euthanasie de patients psychiatriques et aux euthanasies pratiquées sans l'accord de la famille. C'est ce qui ressort d'un sondage réalisé auprès de plus de 180 médecins ayant suivi la formation LEIF (LevensEinde InformatieForum), un cursus destiné aux médecins souhaitant se former en matière de fin de vie et d'euthanasie.

L'affaire Tine Nys semble avoir joué un rôle déterminant dans cette évolution. Pour rappel, ce cas concernait l'euthanasie d'une jeune femme atteinte de dépression, dont la famille a porté plainte contre les trois médecins impliqués dans l'euthanasie. Ceux-ci furent finalement relaxés lors du procès d'assises début 2020, mais le médecin qui avait pratiqué l'euthanasie de Tine fait actuellement l'objet d'un procès au civil. Le sondage montre qu'un médecin « LEIF » sur cinq dit avoir changé de position par rapport à l'euthanasie depuis ce procès.

Avant le procès Nys, on comptait 7 médecins LEIF sur 10 disposés à pratiquer eux-mêmes l'euthanasie, contre 5,5 médecins à présent. Les médecins disposés à rendre un avis dans le cadre d'une procédure d'euthanasie sont aussi moins nombreux depuis quelques mois : contre 3 sur 4 auparavant, ils ne sont plus que 2 sur 3. Ces médecins sont aussi plus nombreux à requérir l'accord de la famille avant d'accepter d'euthanasier un patient. Dans l'ensemble, ils ne se sentent pas en mesure d'évaluer la souffrance psychiatrique et même ceux qui continuent de pratiquer des euthanasies pour ce genre de cas, se disent désormais plus prudents. Rappelons que selon une enquête réalisée par MediQuality il y a un an, 4 médecins sur 10 au Benelux estiment que l'euthanasie ne devrait pas être autorisée pour des cas de souffrance psychique insupportable (alors qu'elle y est aujourd'hui légale).

Le Prof. Wim Distelmans, président de la Commission de contrôle de l'euthanasie et lui-même médecin pratiquant des euthanasies, qualifie de « triste tendance » la réticence plus générale des médecins à l'égard de l'euthanasie depuis quelques mois, tendance qui s'observe également lorsque l'euthanasie est demandée pour souffrance physique.

Ce repli ne s'explique-t-il que par le récent procès aux assises, ou est-il révélateur d'un malaise plus profond qui commence à se faire sentir au sein de la profession médicale par rapport au fait de provoquer intentionnellement la mort de leur patient ?

Ce n'est pas anodin si dans un tel contexte, les médecins qui refusent de pratiquer l'euthanasie sont depuis avril 2020 tenus d'adresser leurs patients à un « centre spécialisé en matière de droit à l'euthanasie », selon la loi nouvellement modifiée. Dans l'exposé des motifs du texte de loi, le législateur fait expressément référence au forum LEIF et à l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), son alter ego francophone. Ces deux entités, d'initiative privée, se sont spécialisées dans le conseil et la pratique de l'euthanasie, centralisant peu à peu l'information sur - et la pratique de l'euthanasie. Elles militent par ailleurs activement pour un élargissement continu des conditions d'accès.


Articles similaires

Belgique : un jugement contestable sur la pratique de l’euthanasie en maison de repos

Belgique : un jugement contestable sur la pratique de l’euthanasie en maison de repos

- Euthanasie et suicide assisté

Ce mercredi 29 juin 2016, la maison de repos Sint-Augustinus, de Diest, a été condamnée par le tribunal de première instance de Louvain pour avoir refusé qu'une euthanasie, illégale selon elle, soit pratiquée en son sein. Le jugement, qui surprend par sa brièveté et l'absence de motivation juridique, condamne la direction de la maison de repos et de soins à verser un dédommagement de 6000€ aux membres d'une famille pour le préjudice moral qu'ils ont subi pour avoir dû déplacer leur mère afin q...

Lire la suite

Don d’organes après euthanasie : nouvelles directives en place aux Pays-Bas

Don d’organes après euthanasie : nouvelles directives en place aux Pays-Bas

- Euthanasie et suicide assisté

Depuis 2012, année de dépénalisation de l'euthanasie aux Pays-Bas, 23 personnes ont autorisé les médecins à prélever leurs organes après leur mort provoquée par euthanasie. (Voir Bulletin de l'IEB 04/05/2016)

Malgré le caractère marginal de cette pratique, il fallait en organiser les modalités selon des règles « éthiques » bien strictes. À la demande de la Ministre de la santé Edith Schippers, professionnels de la santé, associations de patients, éthiciens et proches de patients ont donc cont...

Lire la suite

Euthanasie de personnes démentes : aveux  d'un  médecin expert

Euthanasie de personnes démentes : aveux d'un médecin expert

- Euthanasie et suicide assisté

Dans le cadre de l'élargissement de la loi dépénalisant l'euthanasie, les parlementaires ont entamé un nouveau volet relatif à l'étude de nombreuses propositions de loi qui permettraient aux personnes atteintes de démence de planifier leur demande d'euthanasie dans certaines conditions. Pour aider les parlementaires à saisir le vécu du terrain, une nouvelle audition d'experts a eu lieu en commissions réunies Justice et Affaires sociales ce mercredi 20 mars au Sénat belge.
Les experts invités e...

Lire la suite