Personnes handicapées : l’ONU pointe un eugénisme libéral

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Thématique : Début de vie / Eugénisme

Actualités

Publié le : 23/04/2020

Auteur / Source : IEB

Dans son rapport annuel devant le Conseil des droits de l'homme, la rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits des personnes handicapées, Catalina Devandas-Aguilar, a dénoncé l'eugénisme libéral dont sont victimes les personnes handicapées au sein de nos sociétés.

La rapporteuse spéciale rappelle que nos sociétés actuelles ont une image du handicap encore trop souvent négative et faite de préjugés. Cette image trouve sa source dans ‘'le capacitisme'', une forme de discrimination envers les personnes vivant un handicap, qui attache la valeur d'une personne à ses capacités mentales ou physiques. Pourtant, contrairement à l'idée répandue, les personnes handicapées peuvent bénéficier d'une bonne, voire d'une meilleure qualité de vie que le reste de la population, comme cela ressort d'enquêtes d'opinions mentionnées dans le rapport.

‘'Eugénisme libéral''

Le rapport s'attarde en outre sur les conséquences malheureuses de techniques telles que le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI), l'avortement sélectif (IMG) ou le dépistage prénatal (DPN) sur les enfants handicapés : selon les défenseurs des droits des personnes handicapées, « les analyses bioéthiques servent souvent de justification éthique à une nouvelle forme d'eugénisme, souvent qualifié de « libéral ». (…) S'il n'existe peut-être aucun programme eugénique étatique fondé sur la contrainte, dans un contexte marqué par les préjugés et la discrimination à l'égard des personnes handicapées, l'effet cumulé de nombreux choix individuels risque de produire des résultats eugéniques.” Et de mentionner les “pressions exercées par le marché” pour concevoir le « meilleur enfant possible », “l'amélioration génétique” comme “obligation morale” pour certains spécialistes, jusqu'à la proposition aux parents d'euthanasier les nouveaux-nés handicapés (Protocole de Gröningen).

Le message selon lequel les enfants handicapés ne devraient pas naître est encore renforcé par les lois qui allongent les délais légaux ou permettent l'avortement jusqu'en fin de grossesse en cas de malformation grave du foetus.

‘'Des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues''

Le rapport aborde aussi la question du suicide assisté/euthanasie des personnes porteuses d'un handicap: cette option laisse penser que la mort peut être préférable à la vie avec un handicap. La Belgique et les Pays-Bas sont pointés à cet égard: deux pays où les demandes d'euthanasie augmentent parmi les personnes souffrant d'un handicap psycho-social ou de démence.

L'arrêt des traitements de maintien en vie en raison du handicap soulève également de sérieuses questions : « Certains médecins auraient fait pression sur des patients gravement malades et leur famille en vue d'arrêter les traitements de maintien en vie, au prétexte que la poursuite du traitement serait vaine, n'apporterait aucun bénéfice au patient, en particulier chez des patients présentant de graves déficiences ». Cela fait écho aux différents témoignages récemment partagés selon lesquels les personnes handicapées atteintes du covid-19 ne seraient pas prioritaires en cas d'hospitalisation.

Au lieu d'évincer le handicap et ceux qui le vivent, s'ouvrir à la diversité

Catalina Devandas-Aguilar constate que, trop souvent, les efforts (médicaux, sociaux, légaux, …) cherchent à ‘'réparer'' ou prévenir le handicap. Améliorer les vies des personnes handicapées et réduire les obstacles qu'elles rencontrent serait pourtant plus nécessaire. Veiller à ce qu'elles aient les mêmes droits et possibilités que le reste de la population est également une priorité, pour le bien de nos sociétés : “Bien qu'elles puissent rencontrer davantage d'obstacles dans la réalisation de leurs aspirations, leurs efforts et leurs accomplissements contribuent à l'édification de sociétés plus ouvertes et plus diversifiées au profit de tous. »


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