Des médecins belges "hors-la-loi" en matière d'avortement

 Imprimer

Thématique : Début de vie / Avortement

Actualités

Publié le : 20/06/2018

« L'avortement continue à être pratiqué hors-la-loi en Belgique, soit par 'méconnaissance', soit par 'nécessité' » titraient plusieurs médias belges à l'issue de le dernière audition organisée au parlement quant à l'opportunité de sortir totalement l'IVG du Code pénal.

Depuis la dépénalisation partielle de l'interruption volontaire de grossesse en 1990, les médecins peuvent avorter les femmes qui le leur demandent moyennant le respect de certaines conditions (délai de réflexion, état de détresse...) jusqu'à un délai de 12 semaines de grossesse. Au-delà de ce délai, et jusqu'au moment de la naissance, d'autres conditions s'imposent lorsqu'il s'agit d'une interruption médicale de grossesse (IMG).

C'est ainsi que lors de ces auditions à la Commission Justice, le professeur Pierre Bernard, gynécologue obstétricien, chef de service aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles,a souligné que « vu sa réputation d'institution catholique », les médecins de son service pratiquent peu d'avortements « classiques. » Par contre, les médecins des cliniques St Luc se sont « spécialisés dans les IVG médicales. » (IMG),  et de souligner que cela se fait « si un péril grave pour la santé de la femme est reconnu ou lorsque l'enfant à naître risque d'être atteint par une affection d'une particulière gravité

Ces propos et la pratique des cliniques St Luc, ont fait réagir la députée Carina Van Cauter (Open Vld) : « Outre la situation de la femme, la loi ne permet l'IVG médicale que s'il est à 100% établi que l'enfant à naître souffrira d'une infection particulièrement grave. » Entre le « risque » et la « certitude à 100% », la marge est grande. Les médecins de St Luc « spécialisés » en IMG seraient-ils hors-la-loi par méconnaissance de celle-ci ? Doivent-ils craindre d'être poursuivis ?

De plus, un autre praticien auditionné également dans cette Commission Justice, a affirmé sa « fièreté d'être parfois hors-la-loi pour répondre aux femmes désireuses d'obtenir une interruption volontaire de grossesse ». Le Dr Dominique Roynet, représentante du groupe d'action des centres extrahospitaliers pratiquant l'avortement (GACEPHA), alors que la loi l'y oblige, n'informe pas les femmes des autres possibilités qui s'offrent à elles, jusqu'à la possibilité de faire adopter l'enfant. "De notre propre initiative, nous n'abordons jamais l'obligation d'informer y compris sur l'adoption : les femmes ne demandent pas cela".

De son côté, le gynécologue obstétricien Yannick Manigart, chef de clinique au CHU Saint-Pierre à Bruxelles a aussi expliqué avoir récemment pris le risque d'avorter en Belgique une jeune fille mineure sans papiers, enceinte de 16 semaines, alors que le délai légal est de 12 semaines.

Voilà ce qu'ont révélé les auditions de ces « experts » en Commission Justice, où la majorité est pour la dépénalisation complète de l'avortement. On comprend pourquoi.

De son côté, la députée Els Van Hoof (CD&V), dont le parti est opposé à une modification de la loi, a qualifié « d'idéologiques » les observations de Mme Roynet, alors qu'elle était invitée en tant « qu'experte ». La députée CD&V s'interroge sur l'inexistence de contrôles et de chiffres relatifs à la pratique de l'avortement, et répète qu'il faut d'abord évaluer la loi de 1990 sérieusement avant de la réformer.

Justement, on a aussi compris pourquoi la Commission d'évaluation « en panne » depuis des années, n'était pas encore « réinstallée ». La députée Muriel Gerkens (Ecolo) venait d'apprendre de la ministre des Affaires sociales et de la Santé Maggie De Block « que le gouvernement avait... perdu les listes d'experts que lui avait transmis la Chambre il y a quelques mois. »

La liste des candidats est parue au Moniteur belge le 20 décembre 2016. La liste des membres choisis par les partis a été arrêtée en décembre 2017.

Les lecteurs et le gouvernement trouveront  cette liste ICI


Articles similaires

Faut-il dépénaliser totalement l'avortement ?

Faut-il dépénaliser totalement l'avortement ?

- Avortement

Le politique parle beaucoup de l'avortement en Belgique. Non pas des aides insuffisantes pour prévenir l'avortement lorsque la femme est enceinte, non pas des conséquences sociétales que constitue cet enjeu de santé publique.

La question qui fait débat est celle de la dépénalisation totale l'IVG pour que la femme "ne se sente plus culpabilisée". Quels sont les chiffres ? Y a-t-il vraiment des études fiables quant aux effets psychologiques d'une IVG sur les femmes ?

Les documents repris ci-de...

Lire la suite

Délai d’avortement de 12 à 14 semaines en France : des conséquences néfastes pour les femmes et les médecins

Délai d’avortement de 12 à 14 semaines en France : des conséquences néfastes pour les femmes et les médecins

- Avortement

Le 23 février 2022, l'Assemblée nationale française a adopté une loi allongeant le délai d'avortement de 12 à 14 semaines. Cette loi fait pourtant l'objet d'intenses critiques, tant du point de vue des personnes en faveur d'une prévention de l'avortement que des personnes plus favorables à la pratique de l'avortement. Ces critiques se fondent sur deux éléments : d'une part, l'élargissement s'appuie sur l'idée erronée selon laquelle le délai actuel limiterait injustement l'accès à l'avortement ...

Lire la suite

Pays-Bas : scandale touchant des centres d’avortement

Pays-Bas : scandale touchant des centres d’avortement

- Avortement

La Ministre de la Santé, Edith Schippers, se dit préoccupée à propos de la situation financière de la Fondation Casa qui regroupe sept des quinze cliniques d'avortement aux Pays-Bas.   L'enquête en cours révèle une fraude à grande échelle autour de subsides qui aurtaient été indûment versés en 2015 à cette fondation. Le Nederlands Dagblad a découvert que la fraude, en cours depuis plusieurs années, consistait à facturer le prix de produits anesthésiants utilisés lors des 52.000 avortements dan...

Lire la suite