Commission d’évaluation de l’IVG : toujours 1 avortement pour 7 naissances

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Thématique : Début de vie / Avortement

Actualités - Belgique

Publié le : 11/02/2020

Auteur / Source : Rapports de la Commission évaluation IVG

Ce mardi 11 février, la Commission nationale d'évaluation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a présenté au Parlement fédéral les derniers chiffres sur la pratique de l'avortement, et ce, alors que les députés examinent une nouvelle proposition de loi sur l'avortement. Aux trois rapports successifs pour les années 2012-2013, 2014-2015, et 2016-2017, s'ajoutent dix-huit recommandations formulées par la majorité de la Commission, ainsi qu'un mémorandum minoritaire du Dr. Kortmann.

Attendu depuis 8 ans, ce nouveau rapport recense 17.257 avortement pratiqués en 2017. Si ce chiffre témoigne d'une baisse du taux d'avortement (rapport nombre d'avortement/nombre de femmes en âge de procréer), le ratio avortements/naissances n'a quant à lui pas diminué : on compte toujours 1 avortement pour 7 enfants nés.

Les recommandations majoritaires de la Commission se concentrent sur l'accès à la contraception comme outil principal de prévention de l'avortement. On peut se poser la question de la pertinence d'une telle focalisation sur la contraception sachant que, selon le rapport, la majorité des avortements survient chez des femmes qui avaient recours à la contraception le mois précédent leur avortement (56%). De plus, selon le Contraception Atlas de 2019, la Belgique est classée 1er pays européen en termes de politiques publiques d'information, d'approvisionnement et d'assistance sur les différentes méthodes de contraception. Comment donc expliquer ce paradoxe ?

Si d'un côté la Commission préconise de mettre en place des « distributeurs gratuits de préservatifs dans les écoles » et d'y distribuer la pilule du lendemain, elle confie par ailleurs ne posséder aucune donnée « sur les femmes qui sont enceintes malgré l'usage correct d'un contraceptif », soit pas moins de 15% des femmes qui ont avorté.

Relevons ensuite une discordance interpellante, demeurée inexpliquée malgré les questionnements des députés, entre le nombre d'avortements pratiqués au-delà de 12 semaines de grossesse d'une part (211 en 2017), et le nombre d'interruptions médicales de grossesse (121 pour la même année 2017). En effet, la loi ne permet l'avortement au-delà de 12 semaines que s'il existe une raison médicale. Que représentent donc les 90 avortements pratiqués au-delà des 12 semaines mais sans raison médicale ?

Notons par ailleurs que la Commission a élaboré un nouveau formulaire d'enregistrement des avortements, destiné aux médecins. En vigueur depuis le 1er janvier 2020, celui-ci permettra de mieux saisir les difficultés ayant amené la femme à avorter. Le formulaire comprend notamment une liste allongée de situations précises, telles que la crainte pour la santé du foetus, l'isolement de la femme, la discrimination de la femme enceinte au travail, les violences conjugales à l'annonce de la grossesse ou durant celle-ci, … Mieux comprendre, pour mieux prévenir. Une intuition qui rejoint celle du Dr. Kortmann lorsque celle-ci préconise une amélioration de l'accueil des mères dans le besoin, « afin que les femmes qui envisagent un avortement pour des raisons financières ou sociales n'aient plus à faire ce choix ».


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