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Le débat de l'euthanasie : une route sans fin

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[Français] 17/03/2009
Auteur / source : Fr. Dr. René STOCKMAN

La question de l’euthanasie face aux soins aux personnes atteintes de démence

 

Fr. Dr. René STOCKMAN,


En Belgique, la législation relative à l’euthanasie est en vigueur depuis six ans. Selon des données récentes, 1 % de tous les décès se produiraient dans le contexte médical par la voie de l’euthanasie. Mais ces données sont peu fiables, vu que les déclarations se font de façon différente en Flandre et en Wallonie. Certains considèrent  par exemple également comme euthanasie l’assistance médicale au suicide.

 

Néanmoins, tout le débat concernant l’euthanasie demeure une affaire très délicate, parsemée d’embûches sur les plans philosophique et éthique et de divergences d’opinion, suscitant, du point de vue religieux également, des questions pertinentes, auxquelles il importe de donner une juste réponse. Le débat de société sur ce thème à propos duquel on estime  devoir aboutir à un consensus, demeure extrêmement sensible. Les objectifs fixés s’avèrent tout simplement irréalisables : en effet, le consensus est impossible à atteindre à ce propos, et il n’est d’ailleurs pas souhaitable. La question de l’euthanasie entraîne tant d’interrogations supplémentaires que les arbres cachent parfois la forêt. Ce serait déjà un grand pas de créer un espace où les différents points de vue puissent être formulés de manière sereine et confrontés à l’exigence de dignité de l’homme. De cette manière, on pourrait influencer de façon positive les étapes suivantes dans l’affinement de la législation.


Contraints au silence ?

 

Car pour l’instant, il semble bien que certains ténors dictent leur point de vue alors que d’autres sont contraints au silence. Tout le remue-ménage médiatique qui a eu lieu en Belgique lors de l’euthanasie de Marcel Engelborghs, échevin à Tongres, et plus tard de l’auteur Hugo Claus, a montré combien un certain lobby a mis en œuvre tous les moyens possibles pour obtenir l’espace médiatique nécessaire en vue d’étendre la législation applicable à l’euthanasie à d’autres catégories telles que les déments et les mineurs d’âge. Par contre, ceux qui souhaitent remettre en question la problématique de l’euthanasie et qui se demandent ce qui, entre-temps, a été entrepris pour mettre en œuvre des alternatives comme les soins palliatifs, sont réduits au silence. « Rougissez, vous qui êtes religieux, d’encore oser lever la voix », entendait-on à un certain moment à travers toute la Flandre. Entre-temps, on a tendance à considérer de plus en plus l’euthanasie comme un droit individuel, exigible auprès du corps médical. Les médecins qui y prêteraient leur concours, seraient considérés comme des « médecins humanistes », alors que ceux qui s’y opposeraient, se verraient reprocher d’appliquer une « éthique de sans cœur ». Selon Etienne Vermeersch, la Belgique se situe par sa législation dans une position exemplaire à l’avant-garde de la civilisation. Le degré d’aveuglement idéologique était à son au comble, lorsque le premier ministre belge, Verhofstadt, par ailleurs toujours en fonction, décrivait l’euthanasie de l’auteur Hugo Claus comme exemplaire. Personne ne songeait plus à ceux qui, mus par un noble courage, dans un suprême effort, tentent d’accepter leur condition de vie au moment où les facultés se réduisent, ni à ceux qui tentent d’encadrer les personnes dans des phases de fin de vie jugées « indignes et inhumaines ». C’est comme si toutes ces personnes accomplissaient un travail inutile en aidant des affaiblis qui n’osent regarder la mort en face !

Prenons le temps de nous arrêter à cette problématique, en y réfléchissant à partir de notre vision chrétienne de l’humanité, pour la mettre au cœur d’un débat serein, comme une opinion pouvant être entendue. Nous voulons surtout axer cette réflexion sur la question de savoir si l’euthanasie peut être simplement étendue à des individus frappés d’un handicap et qui ne sont plus capables de prendre eux-mêmes des décisions.